Algérie : Khaled Drareni condamné à deux ans de prison ferme en appel

Khaled Drareni

Une lourde peine prononcée à l’encontre du journaliste Khaled Drareni. La Cour d’Appel d’Alger a condamné, aujourd’hui mardi 15 septembre, le journaliste Khaled Drareni à deux ans de prison ferme pour pour « incitation à attroupement non armé » et « atteinte à l’unité nationale ». Ses co-accusés, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, ont, quant à eux, été condamnés à un an de prison dont quatre mois ferme. 

Ce procès, qui a provoqué de nombreuses réactions au niveau national comme international, ne finit pas de faire parler de la justice algérienne. D’abord en raison de l’inégalité flagrante de traitement entre les trois accusés. Pour les mêmes chefs d’inculpation, le même dossier, le verdict est différent.

On ne peut que se réjouir de voir, bientôt, Samir Belarbi et Slimane Hamitouche de nouveau en liberté et auprès de leurs proches. Cependant, celui qui est devenu le symbole des attaques du pouvoir en place envers la liberté de la presse algérienne semble payer le prix fort pour avoir revendiqué le droit d’exercer son métier librement. Ce droit, il est important de le rappeler, est inscrit dans la Constitution algérienne.

La lourde peine qui est prononcée contre Khaled Drareni témoigne de la violence des attaques contre la liberté de la presse dans le pays. Les deux activistes ont pu obtenir la relaxe concernant l’accusation d’atteinte à l’unité nationale tandis qu’elle a été maintenue pour le journaliste.

Les similitudes entre les dossiers des trois accusés sont pourtant troublantes. Ils participent tous à une marche populaire, le 7 mars. Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche en tant qu’activistes, Khaled Drareni couvrait l’évènement en tant que journaliste. Les trois prévenus sont alors arrêtés et placés en garde à vue au commissariat du Cavaignac, à Alger, où ils passent trois nuits. Ils sont ensuite, tous, présentés devant le juge près le tribunal de Sidi M’hamed, pour les mêmes chefs d’inculpations (cités plus haut). Khaled Drareni est alors libéré sous contrôle judiciaire pendant que les deux activistes sont placés sous mandat de dépôt.

Le 29 mars, le journaliste subit le même sort que Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche suite à l’annulation, sans présentation d’éléments nouveaux, de son contrôle judiciaire. Il est alors placé en détention à la prison d’El Hararch, puis transféré à la prison de Koléa. Puis la situation se renverse le 2 juillet, les deux activistes sont remis en liberté provisoire tandis que Khaled est maintenu en détention.

Le 3 août, lors du procès en première instance, le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed avait requis quatre ans de prison ferme, quatre ans de privation des droits civiques et 100 000 DA d’amende. Le tribunal tranche le 10 août. Ce sera trois ans de prison ferme et 50 000 DA d’amende pour le journaliste et deux ans de prison dont quatre mois ferme pour les deux activistes.

Le procès en appel s’est tenu le 8 septembre, à la Cour d’Alger. A cette occasion, le parquet a requis quatre ans de prison ferme et 50 000 DA d’amende contre les trois accusés. Avec le soutien de nombreuses personnes rassemblées devant le tribunal, les accusés rejettent de nouveau les accusations portées à leur encontre. « Je suis un journaliste et non un criminel. Je n’ai fait que mon métier », a plaidé Khaled Drareni.

Aujourd’hui la Cour d’Alger a donc tranché pour une condamnation à deux visages. Le journaliste écope de deux ans de prison ferme et les activistes d’un an de prison dont quatre mois ferme.

Maître Bouchachi, l’un de ses avocats, a communiqué auprès de l’AFP qu’un pourvoi en cassation aurait lieu. Il précise que « cette décision du parquet n’a aucune base juridique. Khaled Drareni n’a commis aucun crime. C’est un journaliste libre. Il n’a fait que couvrir les manifestations du Hirak, en toute transparence ». « Cette décision n’honore absolument pas l’Algérie et la justice algérienne », regrette-t-il.

« Khaled Drareni est un journaliste libre »

A l’annonce du verdict, c’est l’explosion de colère parmi les soutiens rassemblés devant le tribunal. Les militants et journalistes scandent des slogans en soutien au journaliste. « Khaled Drareni est un journaliste libre » ou encore « Khaled Drareni est un journaliste pas un informateur » (référence au Président Abdelmadjid Tebboune, qui l’a sous-entendu lors d’un entretien télévisé) résonnent dans le bâtiment et aux alentours.

Le frère du journaliste se dit « écœuré, choqué et déçu de la décision de la Cour qui renforce encore une fois l’injustice en Algérie ».

À l’international aussi, les premières réactions ne se sont pas fait attendre. Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières (RSF) a réagi sur Twitter : “Son maintien en détention est la preuve d’un enfermement du régime dans une logique de répression absurde, injuste et violente”. Il ajoute que “Les autorités algériennes ne semblent pas avoir conscience de la dégradation de leur image sur le plan international du fait de la condamnation de Khaled Drareni. La répétition de décisions iniques renforce le statut de symbole de ce journaliste indépendant ».