Algérie – Israël : visite privée, colère d’Etat

Une délégation de journalistes et d’universitaires algériens est arrivée lundi à Tel-Aviv, à l’invitation du Ministère des Affaires étrangères de l’Etat hébreu. Cette visite n’a rien d’officiel, pourtant la présidence de la République algérienne a violemment condamné ce déplacement. La presse algérienne oscille entre incompréhension et amertume.

Une délégation rassemblant des universitaires et sept journalistes algériens* est à Tel-Aviv depuis lundi, et ce jusqu’au 4 juillet, dans le cadre d’un séminaire et voyage d’étude à l’initiative de MEDACORD, une association méditerranéenne de coopération et de développement basée à Jérusalem. David Lévy, le ministre israélien des Affaires étrangères, se réjouit de cette première visite publique d’une délégation de journalistes algériens en Israël.

 » Nous ne sommes pas des représentants officiels, mais des individus parlant en leur propre nom «  insiste Nadia Aït Zaï, professeur de droit à l’université d’Alger et qui fait partie du groupe. Abdelaziz Bouteflika ne l’a pas vu sous cet angle, et a adressé un communiqué violent à l’encontre des journalistes de la délégation :  » outrage « ,  » trahison des Libanais « ,  » coup de poignard dans le dos des Syriens « ,  » mépris des Palestiniens « 

D’  » odieux propos «  titre l’éditorialiste d’El Watan, qui condamne la réaction  » ridicule «  et surtout démesurée de la présidence algérienne. Une réaction  » digne de ces années de plomb où l’on n’osait pas parler de l’Etat d’Israël et où l’on caressait le dessein de jeter tous les juifs à la mer « .  » La délégation de journalistes aurait-elle porté atteinte à la souveraineté nationale ou à un processus de normalisation avec l’Etat hébreu qui se déroulerait en catimini ? «  s’interroge El Watan, en concluant :  » A moins que toute cette cabale ne soit qu’une grossière diversion face à l’immobilisme de l’exécutif constaté depuis une année « .

Journalistes algériens au pilori

La Fédération des journalistes arabes – basée au Caire – a réclamé des sanctions contre la délégation algérienne, et le journal syrien du parti Baas au pouvoir enfonce le clou :  » Cette bande de journalistes qui a visité Israël ne représente pas le peuple algérien, cette bande ne peut représenter nos collègues algériens qui se tiennent fermement aux côtés de la cause palestinienne et des droits arabes ».

Les journaux algériens se défendent en rappelant la fameuse poignée de main entre Bouteflika et Barak en juillet 1999, ainsi que la rencontre du président algérien avec les hauts représentants de la communauté juive en France, qui n’ont pas fait naître une telle polémique.

*Sept journalistes du Quotidien d’Oran, de Liberté, du Matin, du Soir d’Algérie, d’El Khabar et d’El Watan participent à cette visite