Algérie : faut-il sauver le soldat Gharbi ?

Un groupe de jeunes a lancé récemment une campagne de sensibilisation pour faire libérer Mohamed Gharbi. Cet ancien moudjahid, qui avait fait partie des groupes de légitime défense armés par le gouvernement au plus fort de la menace terroristes durant les années 90, est condamné à mort pour avoir abattu un ancien chef terroriste.

L’affaire Mohamed Gharbi ne cesse de défrayer la chronique en Algérie. Une campagne de mobilisation initiée par un groupe de jeunes il y a quelques semaines a réussi à rallier plusieurs personnalités à la cause de ce « patriote » condamné à mort pour avoir abattu, en 2001, un ex-terroriste « repenti ». Un groupe d’anciens leaders de la guerre de la libération algérienne, tel Ali Haroun, Yacef Saâdi, Djamila Bouhired, ainsi que plusieurs artistes, comme le chanteur Amazigh Kateb et le bédéiste Slim, ont signé la pétition lancée par le collectif LMG (Libérez Mohamed Gharbi) en septembre sur Internet pour demander la libération de Mohamed Gharbi, qui croupit à la prison de Guelma depuis près de 10 ans. Réalisation d’un documentaire, multiplication des groupes sur Facebook, distribution de t-shirts et flyers, intrusion à la radio, intervention au salon du livre d’Alger : les membres du collectif font feu de tout bois pour sensibiliser l’opinion publique sur le délicat cas Mohamed Gharbi.

La kalachnikov et le drapeau

Les états de services de ce militant nationaliste de la première heure sont impressionnants. En 1956, dès l’âge de 14 ans, il rejoint les rangs de l’Armée de Libération nationale (ALN) pour combattre l’occupation française. En 1994, il est à la tête du premier des Groupes de Légitime Défense (GLD) armés par le gouvernement pour combattre le terrorisme, et qu’on appelait alors les « patriotes ». «Il a sauvé la vie à deux jeunes filles qui étaient captives dans un maquis», plaide, dans un documentaire réalisé par la collectif LMG, un ancien compagnon d’armes. La loi sur la Concorde civile initiée par le président Bouteflika marque, en 1999, la fin de la guerre contre l’Armée Islamique du Salut (AIS) et le retour de terroristes à la vie civile.

C’est en brandissant une photo du défunt président Houari Boumediene et le drapeau de l’Algérie que Mohamed Gharbi abat, le 11 février 2001, dans une rue de Souk Ahras l’ancien chef terroriste Ali Merad d’une rafale de kalachnikov aux cris de « Allah Akbar, Tahia El Djazaïr (vie l’Algérie) ! ». L’entourage et les défenseurs de Gharbi affirment qu’il a été à plusieurs reprises menacé par le « repenti » et qu’il s’en est plaint plusieurs fois au chef militaire de sa région, mais en vain.

Le combat juridique pour Mohamed Gharbi a tourné au fiasco. Il avait d’abord été condamné à 20 ans de prison ferme par le tribunal criminel de Guelma, en janvier 2004, puis à la perpétuité en appel en mars 2007, avant d’être condamné à mort lors d’un troisième jugement en cassation en 2009. La peine capitale est confirmée en juillet 2010 par un arrête de la Cour suprême. Les membres du collectif LMG comptent soumettre, le 10 novembre prochain, leur pétition au président Bouteflika dans l’espoir qu’il décide de gracier l’ancien moudjahid.