Algérie : Djezzy sous pression

La police algérienne a convoqué mercredi le directeur général d’Orascom Telecom Algérie (dont le nom commercial est Djezzy) , Tamer El-Mahdi, à la suite d’une plainte de la Banque Centrale d’Algérie. Le patron de la filiale algérienne du groupe égyptien Orascom Telecom Holding est soupçonné de transferts illégaux de devises. Cette plainte fragilise l’entreprise de téléphonie, qui a déjà fait l’objet d’un redressement fiscal en novembre 2009, à l’approche des négociations sur son rachat par le gouvernement algérien.

Nouveau rebondissement dans l’affaire Djezzy. Le directeur général de la filiale algérienne d’Orascom Telecom Holding (OTH), Tamer El-Mahdi, a été convoqué mercredi par la police algérienne à la suite d’une plainte de la Banque Central d’Algérie pour infraction à la législation des changes. C’est la maison mère, OTH, qui a fait état de cette convocation dans un communiqué publié mercredi matin à la bourse du Caire : « Le CEO d’OTA a été convoqué par la police pour enquêter sur les allégations de la Banque d’Algérie contre OTA ». La Banque Centrale d’Algérie estime que les prestations portant sur le change et les transferts des devises réalisées entre 2007 et 2009 sont entachées d’irrégularités.

Cela fait presque une année que Djezzy est dans le collimateur des autorités algériennes. En novembre 2009, l’entreprise a fait l’objet d’un redressement fiscal de près de 600 millions de dollars et d’une mesure d’interdiction de transfert de fonds vers l’étranger. L’Etat algérien a également mis son veto à la vente de la filiale algérienne d’Orascom Telecom à l’opérateur sud-africain MTN, faisant valoir son droit de préemption.

Sawiris Versus Bouteflika

La plainte de la Banque Centrale d’Algérie intervient quelques jours seulement après les virulentes déclarations du patron de la firme égyptienne, Naquib Sawiris, visant le gouvernement algérien, à travers lui le président Bouteflika. L’homme d’affaires l’avait accusé d’exercer des pressions sur sa filiale algérienne, et ce uniquement en raison de son succès. « Nous avons atteint une part de marché de plus de 70% dans les télécoms où il y a trois acteurs. Nous sommes les plus grands et ils ont commencé à exercer des pressions sur nous pour la simple raison que nous étions très rentables et que nous avons réussi », a-t-il fustigé, lors de son intervention au Forum londonien The Economist. Accusant indirectement le président algérien d’être derrière toutes les autorisations d’investissement octroyées aux firmes étrangères, il a également affirmé qu’aucun investissement ne peut se faire « sans la bénédiction du numéro 1 ».

Les propos de Sawiris n’ont pas laissé indifférent en Algérie. Le ministre de la Poste et des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, Moussa Benhamadi, s’est empressé de rejeter les accusations du milliardaire égyptien dans une intervention à la radio algérienne. « Aucune pression n’est exercée par l’Algérie sur OTA », a-t-il déclaré affirmant que l’Etat algérien ne fait que « veiller à l’application du droit algérien. Ce même droit qui a permis à OTA de créer une société en Algérie ».

Droit de préemption

Selon la presse algérienne, l’entreprise du milliardaire égyptien est en disgrâce depuis la cession de sa filiale Orascom Cement, acquise à un prix symbolique, au groupe français Lafarge début 2008. Il est reproché au groupe égyptien d’avoir profité des avantages fiscaux accordés par le gouvernement pour réaliser une forte plus-value sur la vente de deux usines de ciment, et d’avoir effectué la transaction sans l’aval des autorités algériennes. L’Etat algérien, qui ne souhaite pas qu’un tel scénario se réédite avec l’opérateur sud-africain MTN, a fait valoir son droit de préemption sur l’achat de Djezzy. Une mission d’évaluation de l’opérateur a d’ailleurs été confiée au cabinet privé Hadj Ali, dont les résultats sont attendus avant la fin novembre. Avec ces nouvelles accusations de transfert illégal de devises, Orascom Telecom se retrouve en position de faiblesse à l’approche de l’ouverture des négociations sur la cession de sa filiale algérienne.

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