Algérie de velours, d’or et d’histoire

Soirée enchanteresse, jeudi, au Théâtre de l’Empire à Paris. L’Année de l’Algérie en France présentait un défilé de créations de robes traditionnelles des différentes régions algériennes. Des modèles riches d’histoire accompagnés de magnifiques accessoires. Magique.

Du satin, du velours et de l’or à profusion… Le défilé  » Algérie mode  » , accueilli par le Théâtre de l’Empire à Paris, jeudi soir, était placé sous le signe du raffinement. Les petites filles ont pu rêver les yeux grands ouverts devant les mannequins présentant des modèles de contes de fée. L’objectif du défilé, organisé dans le cadre de L’Année de l’Algérie en France et sous l’égide de l’Agence nationale de l’artisanat traditionnel algérien, était de présenter la diversité des costumes féminins traditionnels du pays.

 » L’Algérie est un pays où un nombre important de civilisations se sont rencontrées, se sont combattues et se sont mélangées à travers les siècles : Phéniciens, Carthaginois, Romains, Turcs, Arabes, Andalous, Berbères, Français… Cette terre a donc hérité d’une richesse vestimentaire quasiment inépuisable, prenant un élément ici, en modifiant un autre là « , explique-t-on à l’Agence nationale de l’artisanat.

Le rouge de Tlemcen

Soixante modèles ont été mis en valeur sur la scène de l’Empire, créés pour l’occasion par des artisans venus de l’ouest oranais, de l’algérois, de Kabylie, de l’est constantinois et des Aurès. Une manière de vérifier que la tradition n’est pas synonyme d’ennui et de conformisme. Le défilé s’est ouvert sobrement sur les caftans d’Aïcha Touzane et de Mounib Benzerroug, respectivement en tissus de brocard et en satin marocain.

A suivi la robe  » Sidi Boumédiene  » de Fatiha Saouli : une robe tlemcenienne, ou  » blousa « , en satin grenat et corsage de dentelle de Calais brodé de fil d’or, agrémentée de perles et paillettes dorées. Pour Tlemcen toujours, le costume traditionnel de la région dit  » chedda  » a fait sensation. Les spectateurs admirant la longue jupe surmontée de la veste appelée  » kaftan  » en velours rouge (la couleur de la ville) et brodée au  » felta  » (fil d’or torsadé dessinant le motif) et  » medjoud  » (broderie dorée très fine). Sans oublier les accessoires : la coiffe qui accompagne l’ensemble, sorte de  » chachiya  » en velours brodé de fil d’or, et le châle appelé  » el-abrouk  » en tulle brodé de fil d’or et garni de paillettes.

 » A vava inouva « 

Si ce modèle a commencé à chauffer la salle, déclenchant nombre d’applaudissements, les you-you des femmes du public ont retenti bien des fois au cours de la soirée. Notamment lors de l’entrée en scène des costumes kabyles sur la belle voix d’Idir. A vava inouva a accompagné les silhouettes drapées dans une tenue traditionnelle multicolore, dite du 7ème jour, utilisée pour la première sortie publique de la mariée et composée de trois éléments. La musique a ensuite rythmé avec style l’apparition d’une robe berbère en mousseline ou celle d’une robe de soirée en velours brodé et aux motifs inspirés de bijoux kabyles.

Dans cette série, les effets de transparence l’ont disputé aux couleurs éclatantes du modèle  » Aziza « . Mention spéciale au superbe  » Sanae  » de Fatiha Ould Slimane, robe d’inspiration berbère réalisée en drap de soie brodé. Ainsi que l’ensemble de mariée d’Akli Boudarene : robe en crêpe de satin blanc ornée de broderies faites à la main et aux motifs inspirés des bijoux kabyles et son burnous.

Vêtements d’histoire

Les créations les plus ancrées dans la modernité ont été à chercher du côté des Aurès avec notamment  » Timgad  » de Fatiha Saouli, inspirée de la tenue chaouie dite  » maqdha « ,  » Femme marine  » de Nadia Ouaïchouche, saharienne en crêpe de soie blanche aux motifs peints et  » Aurassia  » de Fatiha Kihel, d’inspiration chaouie, en mousseline perlée et paillettes. Et pour les adeptes du pantalon seroual, c’est l’algérois qui a montré les plus belles pièces, comme le magnifique seroual en soie et tulle brodé de Soraya Khaled.

Les accessoires étaient également choisis avec goût : rangées de lourds bracelets en or, plastrons en argent mat, bracelets de cheville, boucles d’oreilles ciselées… Pieds nus ou juchées sur les talons vertigineux, les mannequins avaient toutes des airs de princesses orientales… Mais derrière les paillettes : l’Histoire. Car, à leur manière, les robes et costumes qui ont brillé ce soir-là sont la mémoire des influences culturelles qui se sont succédées en Algérie. Ils en gardent les références dans leurs drapés, leurs tissus, leurs broderies.