Algérie–Bénin : Saidal lance son offensive pharmaceutique en Afrique de l’Ouest


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Algérie - Bénin Saidal regarde vers l’Afrique de l’Ouest
Le groupe pharmaceutique public algérien Saidal cherche à développer ses exportations et ses partenariats industriels en Afrique de l’Ouest, notamment au Bénin. Illustration

Après avoir renforcé ses capacités de production en Algérie, Saidal recherche désormais des débouchés au sud du Sahara. La visite de son directeur général au Bénin confirme cette stratégie. Au-delà de l’exportation de médicaments, le groupe public propose transfert de technologie, formation et coopération industrielle à Cotonou.

Cotonou pourrait devenir une nouvelle porte d’entrée pour les médicaments algériens en Afrique de l’Ouest. Une délégation conduite par le directeur général du groupe public Saidal, Younes Bouarara, s’est rendue cette semaine au Bénin pour rencontrer notamment le ministre béninois de la Santé, Benjamin Hounkpatin. Officiellement, il s’agit de renforcer la coopération pharmaceutique entre les deux pays, mais le contenu des discussions révèle une ambition plus large.

Les échanges ont porté sur le développement du commerce et l’accès des produits pharmaceutiques algériens au marché béninois, ainsi que sur le transfert de technologie, la formation et le partage d’expertise. Désormais, le médicament algérien n’est plus un simple produit d’exportation mais il devient l’un des éléments d’une offre de coopération industrielle plus large.

L’enjeu chiffré reste pour l’instant encore modeste. Selon les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, les importations béninoises de produits pharmaceutiques s’élevaient à un peu moins de 24 millions de dollars en 2023, après avoir atteint un pic de près de 46 millions de dollars en 2021.  Les exportations pharmaceutiques de l’Algérie sont chiffrées à 46 millions de dollars en 2024 selon le ministère de l’Industrie pharmaceutique. Il y a donc un réel marché à développer des deux côtés et capter durablement ne serait-ce qu’une fraction du marché béninois représenterait donc, pour Saidal, un débouché intéressant pour pousuivre sa croissance.

Saidal regarde désormais vers le sud

Outre le Bénin, Saidal a des ambitions dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. En 2024, le groupe avait déjà fait enregistrer ses produits dans treize pays africains, une étape préalable indispensable avant toute commercialisation. Début septembre, Saidal discutait déjà avec les autorités nigériennes de la fourniture de médicaments essentiels fabriqués en Algérie et d’un soutien au développement des capacités pharmaceutiques du Niger.

En juillet, Alger avait également évoqué avec des partenaires internationaux la création en Algérie d’un centre régional destiné à approvisionner les pays africains en médicaments essentiels produits localement. Ainsi, Alger cherche à renforcer sa production nationale et à réduire ses importations, afin de s’appuyer sur ces capacités pour gagner de nouveaux marchés africains.

L’Algérie dispose sur ce point d’un avantage rarement mis en avant dans ses échanges économiques avec l’Afrique subsaharienne. En juillet dernier, le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, soulignait que le pays produisait désormais plus de 80 % de ses besoins en produits de santé. Saidal veut transformer cette capacité nationale en levier régional.

Un partenaire réglementaire pour Saidal

Cotonou réforme depuis plusieurs années son système pharmaceutique et son autorité de régulation, ce qui fait de Cotonou un choix logique pour Alger. En juillet, l’Agence béninoise du médicament a ainsi été évaluée par l’Organisation mondiale de la Santé, avec l’objectif d’atteindre le niveau de maturité 3, qui caractérise un système réglementaire stable et fonctionnel. Le gouvernement béninois estime que le pays pourrait devenir, après le Sénégal, le deuxième État francophone d’Afrique de l’Ouest à atteindre ce niveau.

Pour un industriel comme Saidal, disposer d’un partenaire doté d’une réglementation pharmaceutique plus structurée peut faciliter une implantation régionale durable, le Bénin étant un point d’entrée pour de nombreux pays de la sous-région. Le transfert de technologie et la formation, proposés en parallèle des ventes, doivent ensuite permettre aux pays partenaires de développer leurs propres capacités tout en resserrant leurs liens avec l’industrie algérienne.

Cette approche rejoint la « Déclaration d’Alger », adoptée lors de la Conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments et de technologies de santé, organisée en novembre 2025. La mission au Bénin est une des mises en œuvre concrètes de cette feuille de route.

Produire en Algérie pour vendre en Afrique

Cette offensive extérieure intervient alors que Saidal accélère simultanément ses investissements industriels à domicile. Le groupe développe notamment à Batna une unité destinée à produire localement la matière première du paracétamol. Début septembre, le projet était à plus de 3/4 d’avancement. Quelques jours plus tard, Saidal signait avec Roche un accord pour localiser en Algérie la production de médicaments contre le cancer du sein.

La stratégie algérienne se précise progressivement. En produisant davantage sur son sol et en montant en gamme vers des médicaments à plus forte valeur ajoutée, Alger se donne les moyens de s’appuyer sur ces capacités pour exporter vers l’Afrique. Pour Saidal, la suite de cette expansion se jouera désormais autant en Afrique de l’Ouest que sur le marché national.

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