Algérie : Abdelaziz Bouteflika, une candidature à haut risque

A presque un mois du scrutin présidentiel en Algérie, la tension est plus que palpable. L’annonce d’un quatrième mandat du président Bouteflika chauffe les esprits : la presse se déchaîne, des manifestations réprimées s’improvisent et un boycott politique s’organise.

L’état de santé du président algérien Abdelaziz Bouteflika ne lui permettra pas d’assurer personnellement sa campagne électorale pour la présidentielle du 17 avril prochain. Ce constat, l’ensemble de la presse algérienne le reconnaît. C’est donc avec le soutien de ses alliés que Bouteflika devra compter pour mener à bien la mission que semble lui avoir confiée son entourage : gagner la présidentielle. Or, les frictions entre ses alliés, notamment au sein de son parti, le FLN, risquent fort de perturber cette quête du Palais El Mouradia. Et ce ne sont autres que le Premier ministre Abdelmalek Sellal, le secrétaire général du FLN Amar Saâdani ainsi que son prédécesseur Abdelaziz Belkhadem, ou encore le président du conseil de la nation Abdelkader Bensalah, et bien d’autres (Amar Ghoul, Amara Benyounes, Ahmed Ouyahia…) qui seront chargés de faire campagne à sa place.

Un cocktail pour le moins explosif afin de maintenir Bouteflika au pouvoir, estime le journal en ligne algérien TSA. Mais le président du Mouvement populaire algérien MPA, Amara Benyounès, tient à rassurer : « Nous avons enterré les polémiques politiques », a-t-il dit en référence, entre autres, à l’attaque frontale de Saâdani contre le général-major Mohamed Médiène, dit Toufik, le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), accusé de piloter la politique du pays. La quasi-totalité de la classe politique avait lynché Saâdani pour ses déclarations, dont les membres de son propre parti.

Taire les manifestants

A un peu plus de deux semaines du début de la campagne électorale, les Algériens n’ont toujours pas eu l’occasion d’apercevoir en public leur président. Ils ignorent d’ailleurs le programme que leur réserve Bouteflika. Cette quatrième candidature semble exaspérée une bonne partie de la population qui a pris l’initiative d’organiser des manifestations anti-Bouteflika, à l’appel du collectif « Barakat » (« ça suffit », ndlr) composé de militants des droits de l’Hommes, d’étudiants, de journalistes et autres.

Toutefois, le rassemblement organisé dans ce sens ce jeudi à 11 heures sur la Place Audin, devant la Faculté Centrale à Alger, a été dispersée par les forces de l’ordre. Une cinquantaine de personnes ont été arrêtées. « Algérie libre et démocratique », « 52 ans, Barakat », scandaient les contestataires en référence aux 52 ans d’indépendance du pays géré par des hommes politiques de la même génération. « Nous en avons marre de cet homme à demi-mort et des voyous qui l’entourent. Il faut que l’équation politique change », a déclaré Djilali Sofiane, président du parti libéral Jil Jadid, présent à la manifestation.

Le boycott s’organise

Pas moins de cinq partis politiques organisent en parallèle le boycott de cette prochaine présidentielle, dont le RCD et le MSP qui viennent de créer une coordination nationale pour le boycott du scrutin du 17 avril, composée également du Front pour la justice et le développement (FJD), d’Ennahda et de Jil Jadid. « Il ne s’agit pas d’une superstructure mais d’un système de consultation des partis politiques qui sont partie prenante d’une protestation. Une action est déjà programmée pour la semaine prochaine et d’autres actions sur le terrain seront annoncées au fur et à mesure », affirme Sofiane Djilali. La première action devrait être un sit-in « pacifique » et symbolique devant le monument des Martyrs à El Madania, sur les hauteurs d’Alger.

Cet enchaînement d’épisodes bosselés a conduit le Premier ministre Sellal à mettre en garde, ce jeudi lors d’une visite dans la wilaya de Tipasa, « ceux qui appellent à la « fitna » (désordre, ndlr) et les aventuriers » qui tentent de porter atteinte à la stabilité du pays et à l’élection présidentielle. « L’Algérie s’est engagée sur la voie du développement, du progrès, de la paix et de la sécurité dans un contexte géostratégique extrêmement tendu et ce sera difficile de poursuivre notre marche si nous ne pourrons pas préserver la stabilité que tentent de compromettre les partisans de la « fitna » et les aventuriers », a-t-il déclaré.

« Tous ceux, qui usurpent la démocratie, devront répondre de leurs actes », a mis en garde le Premier ministre. Un avertissement lancé à des milliers, peut-être des millions, d’Algériens en colère dans l’attente d’un nouveau visage politique dans leur pays. Un défi loin d’être gagné si Abdelaziz Bouteflika, âgé de 77 ans et au pouvoir depuis 15 ans, brigue un quatrième mandat.