Alger, capitale du livre

Plus de 700 000 personnes sont attendues au Salon international du livre d’Alger, qui se tient du 8 au 18 septembre dans la capitale algérienne. Près de 587 exposants sont présents pour cette neuvième édition, dont deux tiers d’éditeurs arabophones. Nombre de lecteurs qui se sont pressés au salon au cours des deux premiers jours, sont déçus par les prix pratiqués.

De notre correspondant Zaïre Djawane

Les Algérois sont nombreux à s’être déplacés aux Pins maritimes, ce 8 septembre après-midi, pour l’inauguration du neuvième Salon international du livre d’Alger (Sila). La Radio publique Alger chaîne 3 a pourtant annoncé le matin même que le Sila, placée cette année sous le signe de la révolution algérienne, n’ouvrirait ses portes au public qu’à partir du lendemain. Mais les particuliers sont là, avec les journalistes et les officiels, à attendre dans la chaleur étouffante et la moiteur de ce début de mois de septembre, l’arrivée du président du Sénat, prévue pour 16 heures. En l’absence du Président algérien, en déplacement au Burkina Faso, c’est à lui qu’il revient d’inaugurer le salon. Les parents sont nombreux à avoir amené leurs enfants au Sila, dont une partie leur est consacrée. La grande fontaine qui fait face au Palais des expositions paraît d’ailleurs narguer les bambins, qui, devant l’important dispositif de sécurité, ne se hasardent pas à tremper leur petit doigt.

Il est près de16h45 lorsque le cortège du président du Sénat et du ministre de la Communication déboule devant le palais, pour enfin libérer les visiteurs de leur longue et usante attente. L’absence de la ministre de la Culture, Khalida Toumi, est remarquée. Nul discours pour les officiels, qui entament leur visite du Salon suivis d’une armée de journalistes de tous médias, nationaux pour l’essentiel. Avant même la fin de leur promenade, les organisateurs décident d’ouvrir les portes au public. La centaine de visiteurs présents s’engouffre dans l’immense palais, sans pouvoir trouver beaucoup plus de fraîcheur qu’à l’extérieur.

Des prix plus élevés que prévu

En 2003, près de 70 000 personnes par jour s’étaient pressées au Sila, soit près de 700 000 cumulées… « Si ce n’est plus », explique un cadre du comité d’organisation, qui compte bien battre ce record cette année. Une des raisons de cet engouement tient au fait que lors des sept premières éditions, il était question d’une « Foire au livre », qui consistait essentiellement en une vente géante d’ouvrages dans l’un des plus grands espaces d’exposition d’Alger. Une foire où les livres étaient vendus à moindre prix. A partir de la huitième édition, la Foire s’est transformée en Salon, que les organisateurs ont enrichi de rencontres entre professionnels, dédicaces de livres et autres conférences. Le Sila rendra d’ailleurs cette année hommage au militantisme de Frantz Fanon (écrivain antillais qui, en sa qualité de médecin, s’était engagé auprès du Front de libération national en 1953 dans la lutte pour l’indépendance).

Les pays étrangers, avec en tête les éditeurs français et arabophones (Egypte, Liban), sont de plus en plus nombreux à participer à l’événement. « Nous leur demandons de répercuter l’exonération de taxes dont leurs produits bénéficient à l’entrée du pays, explique le cadre de l’Anep (Agence nationale d’édition et de publicité), tout en admettant que « le comité d’organisation ne peut les forcer à le faire ». Fahem n’a jamais assisté aux précédents Sila, mais il a ouï dire que les prix des livres, étrangers en particulier, y étaient moins élevés que dans les librairies de la capitale. Il est parvenu cette année à se libérer pour se rendre aux Pins maritimes, mais reste sur sa faim : « Les livres sont plus chers que ce à quoi je m’attendais. Les romans tournent tous autour de 400-500 dinars (environ 5 euros) », soit le même prix qu’à Alger.

Paule Hekayem, fondatrice des éditions Delta, l’un des nombreux spécialistes de manuels scolaires présents au Sila, estime avoir un début de solution. L’éditrice franco-libanaise achète les droits des éditeurs français Dalloz, LGDJ, Eyrolles et Economica, édite leurs ouvrages au Liban, pour les vendre à des prix « spécial pays arabes ». Des prix qui « sont au minimum 50% moins chers que le prix normal et qui peuvent même atteindre 75% de réduction », selon elle. Mais un jeune étudiant, qui voulait justement profiter du salon pour acheter des ouvrages scolaires, secoue immédiatement la tête en signe de désapprobation lorsqu’il entend la vendeuse de la maison d’édition expliquer qu’un ouvrage à 2 000 dinars est accessible à de nombreuses bourses algériennes moyennes.

Les éditeurs arabophones en nombre

Outre les ouvrages scolaires, français pour l’essentiel, et les ouvrages pour enfants, les lecteurs peuvent visiter près de 224 stands d’éditeurs arabophones, dont une grande majorité sont consacrés à l’Islam. A travers des livres, mais également des cassettes, VCD et CD pour les pratiquants qui ne sauraient pas lire l’arabe. Le directeur général de l’Anep (Entreprise Nationale de Communication, d’Édition et de Publicité ) et directeur du comité d’organisation du Sila, Abdelkader Khomri a néanmoins indiqué que les livres à caractère « djihadiste » (relatifs à la Guerre Sainte) seront bannis du 9ème Sila. De même que les éditeurs qui « ont déclaré la guerre à l’Algérie ». Citant en exemple La Découverte, qui avait publié en 2001 La sale guerre, de Habib Souaïdia.

Aux maisons d’édition arabes fait écho un stand américain, le premier de l’histoire du Sila, en réalité tenu par une Organisation non gouvernementale (ONG). Sabre Foundation s’est spécialisée depuis 1989 dans la distribution de livres (environ 6 millions distribués dans le monde depuis cette date). L’organisation, qui a déjà réparti des milliers d’ouvrages scolaires entre huit universités algériennes l’année passée, compte en distribuer près de 12 000 cette année dans le pays. Le responsable du stand explique ainsi que Sabre Foundation « a bénéficié d’une bourse du Secrétariat d’Etat américain, pour donner des livres à six Etats musulmans : l’Afghanistan, la Somalie, le Maroc, le Pakistan, l’Indonésie et l’Algérie ». Au Sila, l’ONG américaine travaille en collaboration avec l’organisation algérienne Forem (Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche), qui vient en aide aux enfants défavorisés en Algérie et lutte pour la préservation de l’environnement. L’ONG s’est notamment faite remarquer pour son travail avec les enfants de Bentalha et les victimes du séisme de 2003. Elle profite aujourd’hui pour la première fois de la visibilité que pourrait lui offrir le Sila.