Alexandre le Grand, pharaon et homosexuel ?

Alexandre le Grand est devenu, au fil des siècles, l’archétype du conquérant. A l’origine roi du petit royaume barbare de Macédoine, il conquiert une bonne partie du monde connu en quelques années, soumet de nombreux peuples et laisse sa trace de la Grèce à l’Indus en passant par l’Egypte. Et, malgré sa virilité et sa force, l’homme, devenu pharaon en Afrique, appréciait la compagnie masculine comme beaucoup de ses contemporains.

Aux yeux des Grecs, le jeune Alexandre est certes imprégné de culture hellénique mais n’en demeure pas moins un barbare d’origine macédonienne. Or, ils ne remettent pas en question sa combativité et sa volonté de fer. Ces dernières lui permettent en effet de conquérir en quelques années une bonne partie du Proche-Orient. Mais, avant de se plonger davantage en Asie, le jeune conquérant reçoit des appels à l’aide des Egyptiens, soumis à la domination des Perses. Il décide donc de faire une boucle vers l’Afrique avant de continuer sa route vers l’Est.

Après une forte résistance, il prend la ville de Gaza puis celle de Péluse (actuellement Tell el-Farama) à la fin de l’année 332 avant J-C. Il avance progressivement le long du Nil et se fait proclamer pharaon l’année suivante à Memphis, après avoir sacrifié le taureau Apis et honoré les dieux locaux. Fort de ce statut, il remonte vers le Méditerranée pour débuter la construction d’Alexandrie puis se rend à l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus, qui le certifie comme descendant du dieu Amon. Rien de tel pour s’imposer en Egypte. Il retourne ainsi à Memphis pour se faire couronner dans le temple de Ptah, et ne cesse d’user de ce nouveau titre pour se faire respecter des autochtones. Une réelle propagande se met alors en place, qui l’aide à enrôler les Egyptiens contre les Perses qui ne peuvent demeurer bien longtemps sur place. Une conquête facile donc, avant de se lancer à la poursuite de Darius III, le puissant roi des Perses.

Homosexualité et virilité

« Homosexuel » ? Oui et non. Alexandre avait plutôt la sexualité de son temps et de son milieu. Il était fortement influencé par la culture grecque et partageait la même vision de la sexualité. Athénée de Naucratis, dans son Banquet des Savants, notait en effet que « Beaucoup de personnes préfèrent les liaisons pédérastiques à celles avec des femmes. Ils prétendent que, par rapport aux autres villes, dans toute la Grèce, cette pratique se retrouve dans les villes qui sont régies par de bonnes lois. » Ces « bonnes lois » imposaient la prise en charge d’une femme pour la procréation mais permettaient de s’adonner à des jeux virils entre hommes.

Ce phénomène était encore davantage présent au cours des campagnes militaires où les hommes se retrouvaient entre eux. De telles pratiques faisaient partie de l’amitié et de la camaraderie. Chez les Grecs « l’amitié virile » était même une pièce essentielle de l’éducation. Alexandre avait bien sûr son camarade attitré, Hephaestion. A la mort de ce dernier en -324, il fit crucifier son médecin et, sur les conseils de l’oracle de Siwa, fit de cet amant une sorte de demi-dieu après des honneurs héroïques. Qui aurait cru, en ce temps, que plus de deux mille ans plus tard, la loi égyptienne condamnerait l’homosexualité.

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