Alerte aux pesticides périmés en Afrique


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Globe terrestre
Globe terrestre représentant une partie de l'Afrique

50 000 tonnes de pesticides périmés s’entassent en Afrique. Un rapport de la FAO tire la sonnette d’alarme. Coût d’élimination des produits : 3 000 dollars la tonne. Une somme que beaucoup ne peuvent réunir.

Le remède est aujourd’hui pire que le mal. Car si les pesticides augmentent les rendements agricoles, ils restent quelque peu dangereux pour l’environnement. Et bien plus encore lorsqu’ils sont périmés. 500 000 tonnes de produits sont à l’abandon dans le monde, 50 000 en Afrique. Un rapport de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dresse un état des lieux des plus inquiétants. A 3 000 dollars la tonne, le coût d’élimination de ces encombrants déchets reste prohibitif pour de nombreux pays.

« Les pesticides ne sont généralement valables que deux ans », explique Alemayehu Wodageneh, responsable à la FAO de la prévention et de la destruction des pesticides périmés. « Livrés par des organismes d’aide internationale ou achetés en trop grande quantité, les produits s’entassent dans certains pays depuis 25 à 30 ans ». Lanternes rouges en Afrique, le Botswana et le Mali gardent respectivement 18 247 et 13 761 tonnes de pesticides périmés sur les bras.

Une menace écologique, un héritage mortel

Des barils rouillés, exposés à une corrosion d’autant plus rapide dans les pays tropicaux, oubliés de tous, recèlent des contenus aussi inutiles que dangereux. Une bombe à retardement. Un conditionnement des plus précaires où les fuites sont nombreuses, pouvant à tout moment, quand ce n’est pas déjà le cas, contaminer les sols et les nappes phréatiques. D’autant plus inquiétant que la détérioration des pesticides donne des sous-produits encore plus toxiques.

La seule méthode d’élimination de ces déchets reste l’incinération. Brûler oui, mais pas n’importe comment. L’opération nécessite des containers spéciaux dont l’Afrique ne dispose pas. Il faut donc exporter ces déchets toxiques. Et les envoyer outre mer pour qu’ils puissent être traités.

Avant de penser à détruire les produits par le feu, il faut déjà penser à re-conditionner les pesticides pour leur faire reprendre la mer. Un travail d’experts soumis aux normes bien précises du code maritime international des produits dangereux (IMDG).

Un prix exorbitant

« Il y a urgence ». Les Etats ont beau le savoir, ils sont bloqués par la question financière.

3 000 dollars par tonne pour se débarrasser des pesticides périmés. Une enveloppe globale de 288 millions de FF pour le Mali. 2,8 milliards de F CFA. Le pays, comme beaucoup d’autres, n’est donc pas prêt de voir le bout du tunnel. Les ténors industriels de l’industrie chimique (huit entreprises se partagent 80% du marché mondial) ont émis quelques velléités d’action, sans suite. « Ils parlent trop, mais ne donnent rien », commente M Wodageneh.

Les autres donateurs ne sont pas nombreux. Les grands organismes internationaux, quelques fonds européens ou onusiens. Certains pays empruntent, s’endettent, pour résoudre leur épineux problème d’environnement. La FAO a récemment décidé de mener, en Ethiopie, le plus grand projet de nettoyage de pesticides dangereux en Afrique. Mais tous les pays d’Afrique potentiellement pollués n’ont pas cette chance !

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