Alain et Bouro Mpela présentent Mortel Combat

Prenez deux frères artistes kinois. L’un issu du groupe Wengue Musica de JB Mpiana, l’autre de Quartier Latin de Koffi Olomidé. Réunissez-les dans un même album avec une bonne prod derrière, et vous obtenez Mortel Combat, l’opus collector des frères Mpela, Alain et Bouro. Un disque qui, loin du phénomène des dédicaces, donne la part belle à la musique dans toute sa force et sa sensiblité. Interview de Bouro, de passage à Paris.

Deux frères, deux artistes, issus de deux des meilleures formations artistiques kinoises, pour un album inédit : Mortel Combat. Les frères Mpela sont réunis pour une solide production arrivée en mars dans les bacs. Alain, ancien « chef du gouvernement » du Wengue Musica de JB Mpiana, développe déjà une carrière solo avec son groupe Génération A. Bouro, son cadet, est pour sa part issu du groupe Quartier Latin de Koffi Olomidé où il était un des ténors et veut désormais voler de ses propres ailes. Ils ont décidé de réaliser un projet commun qui leur tenait à cœur depuis longtemps et de répondre, en cela, à une attente de leurs fans respectifs. De passage à Paris, Bouro s’est prêté au jeu des questions-réponses avec Afrik. Sur l’album, bien sûr, mais également sur son propre parcours artistique et sur l’actuel visage de la musique congolaise.

Afrik.com : De quand date le projet ?

Bouro Mpela :
Le projet date de 1996. J’y pensais depuis que j’ai commencé ma carrière. En fait, il répond à une attente du public. Beaucoup nous appréciaient mon frère et moi alors que nous avions chacun notre carrière de notre côté. Et de nombreuses personnes nous demandaient pourquoi nous ne faisions pas une production commune.

Afrik.com : Vous êtes issu du groupe Quartier Latin de Koffi Olomide, que vous avez intégré très jeune. Comment se sont passés vos débuts dans la formation ?

Bouro Mpela :
Je suis entré dans Quartier Latin après mon bac à Kinshasa. Un de mes amis, qui m’entendait chanter à la maison ou dans les groupes de quartier, m’a dit que Koffi recrutait. Il m’a proposé de postuler. J’y suis allé, j’ai fait une petite audition devant Koffi en guitare voix, il a aimé et il m’a pris. J’ai intégré le groupe dans lequel il y avait les doyens, comme Suzuki 4X4 ou Sammi. Nous étions 8 chanteurs.

Afrik.com : Vous n’avez pas eu de mal à vous faire une place au sein de l’effectif ?

Bouro Mpela :
Dans la vie, il ne faut pas trop s’ignorer. Quand tu sens que tu as le potentiel, il faut y aller. Donc je n’ai pas hésité et je me suis imposé. Et puis il faut dire que Koffi Olomide avait un fonctionnement propice à l’épanouissement de ses artistes. Il y avait toujours deux productions : une signée Koffi et une signée Quartier Latin. Il laissait son groupe faire son propre album. C’est dans l’album Droit de Veto que j’ai réalisé mon premier morceau : « Likombo ».

Afrik.com : Comment êtes-vous parti de chez Koffi ? En claquant la porte ?

Bouro Mpela :
Non il y a quand même du respect. Je ne peux pas claquer la porte comme ça de chez Koffi. Ça reste mon grand frère. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup. Je lui ai expliqué que je voulais voler de mes propres ailes. Il m’a compris et m’a souhaité bonne chance. Il a même écouté l’album et m’a confié qu’il était heureux de voir qu’on sentait que j’étais issu de l’école Quartier Latin.

Afrik.com : Votre frère était chez Wengue Musica, vous chez Quartier Latin. N’y a-t-il pas une rivalité entre vous ?

Bouro Mpela :
C’est une concurrence loyale, car les gens ont toujours eu tendance à nous comparer. Alors que nous avons deux styles différents. J’évolue pour ma part dans un registre plus rumba alors que la musique de Wengue est plus pour ambiancer. Mais, rassurez-vous, ça s’est toujours bien passé entre mon frère et moi. En fait, nous sommes artistiquement très complémentaires.

Afrik.com : Pourquoi faire, uniquement aujourd’hui, une production avec votre frère ?

Bouro Mpela :
Quand je me suis décidé à partir de chez Koffi, je me suis retrouvé en solo, tout comme mon frère quand il a quitté le groupe de JB Mpiana. Pour nous, c’était le moment favorable. Au-delà de nos carrières respectives, nous voulions faire un coup ensemble. Une collaboration ponctuelle afin de laisser une trace artistique commune pour nos fans respectifs. Et nous avons eu la chance de tomber sur un bon producteur…

Afrik.com : La musique congolaise est clairement en perte de vitesse. Peut-on dire qu’elle est moribonde ?

Bouro Mpela :
La musique congolaise n’est pas morte. Si elle n’occupe plus aujourd’hui le devant de la scène musicale africaine, elle est encore bien vivante et inspire beaucoup d’artistes sur le continent. La musique congolaise est ma musique, celle dans laquelle j’ai grandi et un héritage culturel que je continuerai à défendre.

Afrik.com : D’où le titre Mortal Combat ?

Bouro Mpela :
D’un certain côté. Mais nous défendons également des valeurs de combativité. Le message est que face aux aléas de la vie, il ne faut pas baisser les bras et se battre jusqu’au bout.

Afrik.com : Il n’y a pas de trace de libanga (phénomène de la dédicace omniprésent dans les actuelles productions congolaises) dans votre album. Combattez-vous la pratique ?

Bouro Mpela :
Dans la musique congolaise il n’y a pas que le libanga. Quand vous écoutez les chansons de l’époque de Franco, de Kabassélé, le phénomène n’existait pas. C’est vrai que c’est une méthode particulière de commercialisation de la musique, mais il ne faut pas oublier que nous faisons avant tout de la musique. Un art qu’il faut respecter, c’est aussi une question de crédibilité. Nous nous sommes d’abord référés à cela en estimant que nous ne voulions pas étouffer notre album.

Afrik.com : Une des autres grandes caractéristiques de l’actuelle musique congolaise est la rivalité entre les groupes. Une rivalité qui n’est souvent pas artistique. Quel regard jetez-vous sur ce problème ?

Bouro Mpela :
C’est vrai qu’il y a toujours des disputes dans une famille, mais il ne faut pas trop abuser. J’estime qu’il faut combattre cette mentalité au pays. Ce n’est pas bon. Les artistes se battent pour rien. Nous défendons tous la même cause : celle de la musique congolaise. Le plus important serait que nous nous mettions ensemble pour propulser notre culture afin d’en faire un acteur culturel mondial. Les polémiques sont accessoires et ne bénéficient à personne.

Afrik.com : Pensez-vous que l’artiste ait un rôle social ?

Bouro Mpela :
Nous avons un rôle très important dans la société, car nous contribuons à la rendre plus vivable. Nous sommes là pour participer à l’éducation des peuples. Un artiste est comme un ambassadeur d’une nation. Nous ne sommes pas là pour embrouiller les gens, mais pour oeuvrer pour la paix.

Afrik.com : Devenir pasteur ou artiste sont les nouveaux rêves des jeunes Kinois pour s’en sortir. Que direz-vous à un jeune qui souhaite devenir artiste ?

Bouro Mpela :
Si la personne fait le choix conscient de devenir artiste et qu’elle estime avoir du potentiel, il ne faut pas qu’elle se sous-estime. Il faut qu’elle s’engage dans cette voie, non pas pour l’argent ou la gloire, mais pour exprimer ce qu’elle a au fond d’elle et développer le don que Dieu lui a donné.