Alain Added : « La peinture est un acte libératoire »

Magie des courbes et des couleurs, toiles vibrantes de vie et de mouvement, le peintre Alain Added expose jusqu’au 2 novembre prochain à Paris. L’artiste, né en Tunisie où il passera les premières années de sa vie, garde dans son œuvre une empreinte africaine qu’il revendique totalement. Le mot juste, il nous explique son processus et son parcours créatif. Interview.

Une galerie, des œuvres, un univers ouvert à votre imaginaire. Ainsi pourrait-on définir l’exposition de l’artiste peintre Alain Added ouverte jusqu’au 2 novembre cinq premièes années de sa vie, il garde, à 56 ans, une âme africaine qui se retrouve dans la chaleur, les courbes et la générosité de ses œuvres. Peindre s’inscrit pour lui au carrefour du besoin et du plaisir et constitue un espace d’expression libre où il cultive sereinement sa propre écriture artistique.

Afrik.com : Quand avez-vous rencontré la peinture ?

Alain Added :
Je peins depuis 30 ans et je dessine depuis toujours. J’ai fait mes premiers dessins vers l’âge de 13 ou 14 ans. Des dessins qui restent tout à fait montrables encore aujourd’hui.

Afrik.com : Dans votre présente exposition on voit clairement que vous avez eu deux grandes périodes, l’une en noir et blanc, l’autre en couleur. Comment expliquer ce changement apparemment radical ?

Alain Added :
J’ai commencé à l’encre de Chine puis au bout de 10 ans de pratique j’ai naturellement ressenti le besoin de passer à la couleur. Le noir et blanc et la couleur sont deux choses vraiment différentes. C’est comme si un romancier passait à la mise en scène. D’un côté on laisse jouer son inspiration, de l’autre on la canalise.

Afrik.com : Que représente la peinture pour vous ?

Alain Added :
Peindre est un besoin. C’est un acte libératoire et un plaisir qui n’a même rien à voir avec la qualité d’une peinture. Je peux expliquer une toile, mais a posteriori. Car quand je peins, je ne sais pas où je vais. Je ne peins pas avec une intention. C’est le moi ou l’inconscient qui conduit le geste. La création artistique est, d’une manière générale, le rééquilibrage d’un problème personnel.

Afrik.com : Le fait que vous peignez sans intention préalable explique-t-il le fait que vos toiles n’aient pas de nom ?

Alain Added :
Je trouve le nom réducteur. Si vous appelez une toile : « La vierge et l’enfant », les gens seront forcés de tenter d’y voir ce que vous voulez qu’ils voient, alors que qu’ils devraient libres d’y voir ce qu’ils veulent. Je souhaite que les personnes s’approprient ce que je fais à travers leur propre vécu.

Afrik.com : Est-il difficile pour un peintre de vendre ses oeuvres ?

Alain Added :
Ma peinture est longtemps restée confidentielle. Jusqu’à ma rencontre avec un peintre qui m’a expliqué que vendre était une façon d’être reconnu. Il m’a aidé à aller à la rencontre du public.

Afrik.com : Comment évaluez-vous le prix de l’œuvre ?

Alain Added :
Malheureusement les gens évaluent les choses avec l’argent comme unité de mesure. Et la reconnaissance passe par là. Au départ, je n’avais pas l’intention de devenir professionnel (chef d’entreprise, la peinture n’est toutefois pas son activité principale, ndlr), j’ai encore aujourd’hui plus de plaisir à peindre que de plaisir à montrer ma peinture ou à la vendre.

Afrik.com : Pourquoi dans ces conditions se séparer d’une oeuvre ?

Alain Added :
Parce que se séparer d’une toile c’est donner la place à une nouvelle. Et puis ça me fait toujours plaisir de savoir que mes tableaux sont exposés sur certains murs.

Afrik.com : Peignez-vous dans la douleur ou avec facilité ?

Alain Added :
Je n’ai aucun problème d’inspiration. Je n’ai pas, comme d’autres peintres, l’angoisse de la toile blanche. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des déchets dans ma peinture. Comme je le disais tout à l’heure, le plaisir de peindre n’a rien à voir avec la qualité. Il y a des toiles que je garde par affection, mais qui ne sont pas montrables. Je reste le seul juge de mon travail. Je suis d’ailleurs choqué quand on vend des toiles d’un peintre mort qu’il n’avait pas voulu vendre de son vivant. D’un autre côté, il m’arrive d’être ému par certaines de mes toiles avec lesquelles j’entretiens un rapport quasi charnel. Il y en a que je ne vendrais jamais.

Afrik.com : Vous réclamez-vous d’une école de peinture en particulier ?

Alain Added :
Je ne me réclame d’aucune école de peinture en particulier. Je n’ai pas subi de grosses influences car j’ai peu de culture picturale. Et puis j’ai essayé de garder une écriture personnelle.

Afrik.com : Vous avez passé une partie de votre tendre jeunesse en Afrique. Que vous reste-t-il aujourd’hui du continent ?

Alain Added :
Je me sens Africain et je le revendique. Je me sens bien partout, que ce soit en Afrique du Nord ou en Afrique noire. Il y a ces odeurs, ces sonorités, ces couleurs que l’on retrouve d’ailleurs un peu dans ma peinture.

 Alain Added expose

Maatgallery

26 ter, rue Traversière

75012 Paris

Métro : Gare de Lyon

Heures d’ouverture : du lundi au vendredi 9h-12h30 / 14h-18h, samedi sur RDV

jusqu’au 2 novembre 2005

Tél. : 01 53 95 16 70

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