Al-Qaïda menace le Maroc : Mohammed VI renforce sa sécurité

L’affaire de la vidéo dans laquelle Aqmi menace le Maroc continue de faire grand bruit dans le royaume chérifien, notamment après l’arrestation d’un journaliste marocain indépendant qui a relayé l’information en publiant un lien de la vidéo. Le royaume n’est pas pour autant à l’abri d’une attaque…

Le Maroc est en alerte rouge. Quelques jours après la diffusion de cette vidéo, le pays est toujours inquiet face aux menaces qu’il a reçues d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi). Un symbole du royaume, vénéré de tous, est tout particulièrement visé par la nébuleuse terroriste, c’est le roi en personne : Mohammed VI. Dans sa vidéo d’une quarantaine de minutes, intitulée « Maroc : le royaume de la corruption et du despotisme », Aqmi fustige la monarchie et la corruption.

Les autorités marocaines ne badinent pas avec la sécurité du roi. Le cordon sécuritaire qui assure la protection du souverain a été renforcé. Les nombreux services de renseignement marocains sont au taquet et suivent de près les activités d’Aqmi et de ses ressortissants susceptibles d’organiser une attaque au Maroc.

Quand Anouzla joue avec les nerfs du roi

C’est certainement parce que l’image sacrée du roi a été atteinte dans cette vidéo que le journaliste de Lakome, Ali Anouzla, a été arrêté pour avoir « osé » publier le lien de la vidéo dans un article consacré à ce sujet. Au Maroc, il est strictement interdit de nuire à l’image du roi ou de parler de lui dans la presse comme d’un individu à part entière. Ali Anouzla, lui, pensait faire son travail en relayant une information qu’il jugeait bon de partager avec les Marocains. Son action lui vaut aujourd’hui un séjour en détention provisoire pour « incitation au terrorisme », dans l’attente d’un procès.

Le journaliste est soutenu par bon nombre de personnes au Maroc et ailleurs. Tous dénoncent une tentative des autorités de vouloir étouffer la liberté d’expression. Il se murmure que le palais voulait depuis très longtemps la peau d’Anouzla. Rabat menace également de poursuivre le journal El Pais en justice. C’est vers ce journal espagnol que le lien dans l’article de Lakome renvoyait pour visualiser la vidéo. Toutefois, aucune poursuite judiciaire ne semble être envisagée pour les quotidiens américains qui ont également diffusé le lien de cette vidéo.

Djihad, tolérance 0

Les autorités marocaines sont donc sur le qui-vive face à la menace terroriste. Bien que le royaume mette depuis plusieurs années les moyens pour combattre le terrorisme sur son sol, il existerait un bon nombre de djihadistes marocains qui combattent en Syrie. Selon La Croix, leur nombre n’est pas connu avec exactitude, mais ils seraient près d’un millier à combattre le régime de Bachar al-Assad et 90 d’entre eux seraient morts au combat, selon des chiffres officiels.

Pour l’heure, le Maroc bénéficie d’une stabilité rare dans la région. Mais la diffusion de cette vidéo et le probable retour au pays des djihadistes marocains ne calment pas l’anxiété du pouvoir. D’autant plus que la nébuleuse appelle la jeunesse marocaine à se soulever contre le « despotisme ». L’heure est donc à l’anticipation. En septembre, le tribunal de Salé, près de Rabat, a condamné à des peines de prison neuf Marocains membres d’un groupe djihadiste. Ces derniers avaient été arrêtés fin 2012 alors qu’ils préparaient des attaques dans plusieurs villes du royaume.

A cette époque, le ministère de l’Intérieur avait déjà exprimé son inquiétude face à la « prolifération » des filières djihadistes au Maroc. Et pour cause, le royaume garde un souvenir douloureux des attentats de 2003 qui ont fait 33 morts à Casablanca et ceux de 2011 qui ont entraîné la mort de 17 personnes à Marrakech.