Al Qaïda frappe au Maghreb et menace la France

Après la succession d’attentats qui ont frappé Casablanca et Alger, l’inquiétude grandit en France…

Quatre kamikazes sont morts mardi à Casablanca alors que la police marocaine s’apprêtait à les arrêter, et les forces de l’ordre continuent actuellement leur traque pour empêcher de passer à l’acte une demi-douzaine de terroristes suspectés de préparer des attentats suicides contre des cibles économiques, commerciales, touristiques ou administratives du Royaume.

Mercredi, alors que l’armée algérienne avait engagée depuis une semaine une épreuve de force contre les maquis du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat, qui a pris le nom d’Al Qaïda Maghreb, les terroristes islamistes ont réussi à frapper, en plein coeur d’Alger, le Palais du Gouvernement, et dans la banlieue, un Commissariat de Police. Plusieurs dizaines de morts et plus d’une centaine de blessés : tel est le tragique bilan de ces deux attaques directes qui ont fait revivre à la capitale algérienne les heures les plus noires de la décennie terroriste, dont le pays croyait pouvoir panser définitivement les plaies encore douloureuses.

Les analystes les plus avertis pensent désormais qu’Al Qaïda Maghreb est parvenu à essaimer à la fois au Maroc, en Algérie, en Tunisie et même en Libye, constituant un réseau organisé sur l’ensemble du Maghreb, avec des ramifications probables sur tout l’arc sahélien, de la Mauritanie au Soudan. Le juge français Jean-Louis Bruguière estimait ainsi il y a quelques semaines que la « régionalisation de l’organisation constituait désormais un sujet de préoccupation majeure… et une menace directe pour la France ».

Or la situation française, en pleine campagne électorale, constitue une occasion rêvée pour les terroristes de déstabiliser le jeu politique, et de radicaliser les positions extrêmistes. Dans une période de durcissement nationaliste, avec une envolée probable du score de Jean-Marie Le Pen, chef du Front National, lors du premier tour des élections présidentielles et une dérive sécuritaire marquée du discours du leader de la droite républicaine, Nicolas Sarkozy, l’occasion serait trop belle de provoquer en France un électro-choc qui cristalliserait les oppositions entre les communautés et les réactions d’auto-défense du corps social. Sans qu’il soit possible de prédire dans quel sens les électeurs français orienteraient alors leur vote.

Il n’est même pas certain que des attentats soient nécessaires sur le sol français pour braquer l’opinion publique de ce pays : Alger et Casablanca sont des villes suffisamment proches de Paris pour que l’inquiétude monte d’un cran.

D’ores et déjà le candidat de droite souverainiste Philippe de Villiers a appelé à une interdiction immédiate des activités des associations islamistes radicales sur le territoire français… Sans préciser quelles associations il visait : tentative évidente d’exploitation des événements en cours au Maghreb pour peser sur le jeu politique français!

Peut-être la démonstration de force d’Al Qaïda Maghreb en Algérie et au Maroc suffira-t-elle déjà pour provoquer l’inquiétude et un sentiment d’insécurité que le large déploiement de policiers et de militaires dans la capitale française ne fait que renforcer!

Face à la terreur et à l’engrenage de la méfiance, que pèseront les voix démocrates, modérées et prudentes qui tentent actuellement de s’exprimer dans la campagne électorale présidentielle? Français, gardez-vous d’entrer dans le jeu des terroristes comme de ceux qui visent à dresser les communautés les unes contre les autres : un autre avenir est possible, dans le dialogue et le respect mutuel!

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