Air Sénégal International : à la conquête du ciel ouest-africain

Le Boeing 737-700

Air Sénégal International, la compagnie nationale sénégalaise, vient de s’offrir pour la bagatelle de 30 milliards de F CFA un Boeing 737-700. Inauguré ce lundi par le Président Abdoulaye Wade, cet avion lui permettra d’assurer la desserte des trois lignes qu’elle vient d’ouvrir : Accra, Madrid et Milan et de renforcer ses capacités. L’expansion se poursuit donc pour une compagnie qui, en quatre années d’activité, est devenue la première en Afrique de l’Ouest. Entretien avec Ibra Birane Wane, directeur commercial et marketing d’Air Sénégal International.

De Dakar

Depuis la disparition de la multinationale aérienne Air Afrique, le transport aérien en Afrique de l’Ouest est entré dans une zone de fortes turbulences. Afin de combler le vide laissé par la multinationale, nombre de ces anciens Etats membres ont créé ou réorganisé leurs compagnies nationales pour répondre à leurs besoins en matière de transport aérien. Pourtant, d’Air Burkina, d’Air Mauritanie ou d’Air Ivoire, pour ne citer que celles-là, Air Sénégal International, filiale à 51% du groupe Royal Air Maroc et à 49% de l’Etat sénégalais, est sans contexte la plus dynamique. Ses performances lui ont valu d’être élue, en 2003, soit deux ans après le démarrage de ses activités, meilleure compagnie de transport aérien en Afrique. Air Sénégal International, ce sont environ 500 agents dont le quart est constitué par le personnel navigant et 27 vols quotidiens sur l’Europe et l’Afrique. En 2004, Air Sénégal International a réalisé près de 60 milliards de chiffre d’affaires et transporté 420 000 passagers. En 2005, elle prévoit d’en transporter un demi-million. Un objectif que lui permettra d’atteindre le quatrième Boeing, réceptionné vendredi dernier, d’une flotte constituée déjà de deux Boeing 737-700, d’un Boeing 737-500 et d’un Dash 8 dédié à la desserte des lignes intérieures et qui est actuellement en réparation.

oooooooooooo.jpgAfrik.com : Au bout de quatre ans, quel bilan peut-on faire de l’activité d’Air Sénégal International ?

Ibra Birane Wane :
Excellent ! Sans fausse modestie car en mettant en perspective l’histoire et la conjoncture du transport aérien en Afrique de l’Ouest, Air Sénégal International est une réussite exceptionnelle. C’est une compagnie qui, en trois ans, a atteint les objectifs qu’elle aurait dû réaliser en six, selon son business plan. Air Sénégal International est bénéficiaire depuis 2003.

Afrik.com : La disparition d’Air Afrique aura fortement contribué à cette performance…?

Ibra Birane Wane :
En partie seulement parce qu’Air Sénégal International a su offrir un service de qualité grâce à son partenariat avec le groupe Royal Air Maroc (RAM), qui a fait d’elle une compagnie crédible dès sa création. Outre l’importance du marché sénégalais, cela lui a permis de tirer son épingle du jeu. Car à la mort d’Air Afrique, nombre d’anciens Etats membres ont tenté de mettre sur pied une compagnie nationale mais sans connaître le succès d’Air Sénégal International. Notre compagnie est le produit d’une coopération Sud-Sud fort réussie.

Afrik.com : En quoi ce partenariat avec le groupe Royal Air Maroc a été et reste déterminant pour Air Sénégal International ?

Ibra Birane Wane :
Air Sénégal International appartient aujourd’hui au Groupe Royal Air Maroc, dont fait partie la compagnie aérienne éponyme, qui est devenu un groupe très important en Afrique. Air Sénégal International bénéficie donc de toutes les synergies : sur le plan technique, sur le plan opérationnel, au niveau de la formation… en somme, elle bénéficie de l’expertise qui lui est nécessaire. Le groupe RAM est aujourd’hui sollicité par d’autres pays africains afin de créer le même modèle. Air Gabon International est ainsi en cours de création, de même que Air Cemac, une compagnie aérienne qui sera commune aux six Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale. Elle prendra la forme d’une holding détenue à 100 % par le groupe RAM. Tout cela est à mettre à l’actif de la réussite d’Air Sénégal International.

Afrik.com : Quels sont les marchés les plus importants d’Air Sénégal International à l’international et dans la sous-région ?

Ibra Birane Wane :
Cinquante pour cent de notre trafic à l’international est réalisé avec la France. En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire et le Mali sont actuellement au coude à coude. Cependant, l’ouverture prochaine de deux dessertes supplémentaires à destination du Mali va certainement faire de ce pays notre marché le plus important. Le trafic aérien entre le Mali et le Sénégal se développe plus rapidement, pour les raisons que nous connaissons, que celui entre le Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Afrik.com : Comment se structure la concurrence sur la ligne Paris-Dakar et qui sont vos clients ?

Ibra Birane Wane :
Sur les 700 000 passagers qui partent de la France, plus de 100 000 sont transportés par Air France, environ 100 000 par nous et le reste du trafic est réalisé par les compagnies charters et toutes les autres compagnies qui desservent indirectement le Sénégal. Quant à notre clientèle, elle est pour un tiers ‘ethnique’ (familles sénégalaises et françaises, ndlr), le deuxième tiers se compose d’hommes d’affaires et le dernier tiers est constitué de touristes.

Afrik.com : Quelles sont aujourd’hui les ambitions d’Air Sénégal International ?

Ibra Birane Wane :
Nous voulons devenir la compagnie de référence en Afrique de l’Ouest. En d’autres termes : continuer à être numéro 1. Nous espérons ainsi à moyen-terme couvrir toute la sous-région. Il reste quelques pays où nous n’allons pas encore pour deux raisons majeures. D’abord,nous aurions besoin d’une nouvelle machine, et ensuite nous hésitons à aller en Sierra Léone et au Nigeria. Ce sont des pays assez difficiles, il faut être prêt. La Sierra Léone est un beau pays mais qui sort de la guerre. Nous nous posons la question de savoir si cette ligne est économiquement viable. Quant au marché nigérian, il est aussi complexe qu’important. A ces deux pays s’ajoute le Libéria. Ce sont donc trois pays anglophones qu’il nous reste à couvrir pour avoir un maillage complet sur la sous-région Afrique de l’Ouest. Par ailleurs, en termes de fréquence, nous souhaitons offrir un vol quotidien sur chacune de nos destinations. A l’heure actuelle, ce n’est pas le cas, exception faite de la Côte d’Ivoire, du Mali ou de pays limitrophes comme la Guinée, la Gambie etc… Sur des destinations comme Cotonou (Bénin), Lomé (Togo), nous avons accru notre desserte mais elle n’est pas encore quotidienne.

Afrik.com : Le Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Beceao), Charles Konan Banny, a émis l’idée de la création d’une nouvelle Air Afrique. Quel est votre avis sur la question ?

Ibra Birane Wane :
Il est dans son rôle. Il est patron d’une institution multinationale. Au moment de l’agonie d’Air Afrique, il lui avait été demandé par les Chefs d’Etat africains de réfléchir à des solutions de sortie de crise. Car la mort d’Air Afrique a créé un problème dans la sous-région et en Afrique centrale : il y a des pays qui sont complètement enclavés parce qu’Air Afrique a disparu. Dans cette conjoncture difficile, le Sénégal, avec deux ou trois autres pays, constitue une exception. A ma connaissance, le Sénégal n’entend pas s’inscrire dans une telle dynamique.

Afrik.com : Toujours par rapport à Air Afrique, avez-vous développé une politique particulière visant à ‘récupérer’ ses anciens agents qui ont été mis au chômage forcé ?

Ibra Birane Wane :
Je ne peux pas parler de politique de ‘récupération’ en tant que telle car ce n’est pas notre mission. Néanmoins, dans sa politique de développement des ressources humaines, Air Sénégal International a recours à toutes les possibilités qui lui sont offertes, dont font partie les anciens agents d’Air Afrique. J’en suis la parfaite illustration, j’ai été débauché, un peu avant sa disparition, d’Air Afrique par Air Sénégal International. Dix pour cent du personnel d’Air Sénégal provient de l’ancienne Air Afrique.

Afrik.com : En dépit de votre récente acquisition, votre flotte semble encore insuffisante. D’autres acquisitions sont-elles prévues et en avez-vous les capacités financières ?

Ibra Birane Wane : Nos ressources financières sont encore très limitées. Le Boeing que nous venons d’acheter nous a coûté 30 milliards de F CFA (il sera amorti sur 10 ans, ndlr) et il a fallu faire un montage financier extrêmement serré pour l’avoir. Pour l’instant nous avons commandé deux Boeing 737-700 : celui qui vient de nous être livré et nous en attendons un autre pour 2008.

Afrik.com : Air Sénégal semble avoir une nette préférence pour les Boeing…

Ibra Birane Wane :
Notre maison-mère, le groupe Royal Air Maroc, est spécialisée Boeing, ce qui fait qu’il est plus commode pour Air Sénégal International de se porter acquéreur de ce type d’avion. Notre centre de maintenance le plus important se situe à Casablanca. Cependant, rien n’est figé. Seul l’intérêt de la compagnie prime : nous sommes en phase de croissance et d’installation, la compagnie s’appuie donc de manière stratégique et technique sur son partenariat avec sa maison-mère. C’est plus simple pour nous. Nous avons des techniciens de la RAM qui sont là et nous formons notre personnel navigant technique, de même que notre personnel commercial, chez eux.