Aïd-el-Kebir : loin de chez soi, le cœur n’y est pas

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Les Africains fêtent aujourd’hui et demain l’Aïd-el-Kebir, la plus importante fête dans le calendrier musulman. Mais si l’Aïd est perçue comme le jour de partage et de convivialité par excellence, tout le monde n’a pas la chance d’être de la partie.

C’est la fête la plus importante du calendrier musulman. L’Aïd-el-Kebir, ou la Tabaski (en Afrique de l’Ouest), est célébrée aujourd’hui et demain en Afrique. La fête coïncide avec la fin du hajj, le pèlerinage à la Mecque, et commémore la soumission du prophète Ibrahim à Allah. Si l’Aïd el Kebir est la fête par excellence du partage et de la convivialité, tout le monde n’a pas la chance d’être de la partie. Car loin de chez soi, le cœur n’y est pas toujours.

En témoigne Cheikh Salem, un retraité algérien de 65 ans, retenu pour une histoire de papiers à Paris. « Qu’est-ce que je fais ici ? », soliloque le vieil homme, assis seul dans un jardin public désert à Barbès. Cheikh Salem n’a pas prévu de festin en ce jour sacré de fête du mouton, et pense à sa famille qui vit à Bourdj Bou Arreridj (200 km à l’est d’Alger), ses « deux grands gaillards » et leur mère contraints de faire la fête sans lui. Mais le spleen sera de courte durée : « j’ai mon billet en poche. Dans deux jours, je rentre au pays. »

«Amis ? Quels amis ? », s’étonne Hamid, un ingénieur algérien installé avec son épouse à Dubaï. Depuis deux ans qu’il vit aux Emirats Arabes Unis, le couple n’est pas parvenu à se faire d’amis avec qui il pourrait partager la fête de l’Aïd. « Les Emiratis ont le complexe de supériorité, explique-t-il, ils ne se mélangent pas avec nous autres Algériens ». Le couple a prévu de grignoter des brochettes dans un restaurant en se remémorant la belle ambiance d’antan au pays…

« Boubou pour tout monde !

En déplacement à Paris, Alassane est rentré juste à temps à Bamako pour vivre la « ferveur » de la Tabaski, demain samedi. Et il a bien fait. Là-bas, point d’interdiction aux particuliers d’abattre leur mouton dans leur maison, comme c’est le cas dans les pays occidentaux. C’est donc la joyeuse débandade. Les chefs de famille, à qui revient l’insigne honneur d’égorger la bête après la traditionnelle prière de l’aïd, prennent des allures de père Noël en ce jour sacré, à la grande joie des enfants, femmes, cousins, frères, amis… « C’est boubou pour tout monde ! », explique, enthousiaste, Alassane. Côté cuisine : on prendra plaisir à déguster des côtes grillées, des plats de riz au gras (particulièrement prisé chez les voisons sénégalais) et même du couscous marocain, actuellement en vogue à Bamako. Et le lendemain on jouera les prolongations avec tripes et tête de mouton au petit déjeuner. C’est gras, mais le cœur y est !