Agression dans les Yvelines : des « nazis » s’en prennent à un musulman

Français de confession musulmane, Nouredine Rachedi a été violemment agressé le 25 juillet dernier dans les Yvelines (banlieue parisienne) par deux hommes se réclamant « nazis ». La justice souhaite attendre le témoignage d’un des suspects pour valider le caractère raciste du passage à tabac.

Lynché parce qu’il est musulman. C’est ce qu’avance Nouredine Rachedi, violemment agressé dans la nuit du 24 au 25 juillet derniers dans les Yvelines, en région parisienne. Le jeune homme d’origine maghrébine, la trentaine, rentrait du travail lorsque deux hommes l’ont apostrophé. Ils voulaient une cigarette et, devant son refus, lui ont demandé s’il était musulman, s’il était né en France et ce qu’il pensait de l’arrestation de Radovan Karadzic – l’ex-leader des serbes de Bosnie accusé d’avoir fait massacrer des milliers de musulmans. Nouredine Rachedi a à peine eu le temps de leur répondre qu’il tombait sous les coups de ses deux agresseurs.

Agression à caractère raciste

Pour l’heure, la plainte a été enregistrée pour « violences volontaires aggravées (en réunion) ». Au commissariat de Guyancourt, les policiers n’ont pas retenu le caractère « raciste » de l’agression, qui représente pourtant une circonstance aggravante. Et ce bien que les deux auteurs présumés des faits aient implicitement revendiqué être « des nazis ».

Nouredine Rachedi espère que sera reconnu le caractère islamophobe de son passage à tabac, qui lui a causé 21 jours d’arrêt de travail : « Je tiens à faire reconnaître que j’ai été agressé pour des motifs racistes, en tant que musulman », explique-t-il dans une lettre datée du 4 août. La justice dit prendre les choses avec le plus grand sérieux mais attend d’auditionner un des deux suspects reconnu par la victime dans les fichiers de la police. Elle espère entendre sa version des faits avant de prendre ou non en compte la circonstance aggravante d’acte raciste.

Deux poids deux mesures ?

Cette agression a eu, à retardement, l’effet d’une bombe sur Internet et dans la presse. Parce qu’on a mis (trop) longtemps à s’y intéresser, d’une part, et parce que le traitement de l’affaire peut surprendre et déranger, d’autre part. Pour certains, le problème serait lié à une islamophobie grandissante en France. Un syndrome qui ferait passer les affaires de tabassage de Français de confession musulmane pour secondaires ? « L’Islam en France n’est pas réellement considéré comme faisant partie de la République. C’est dommage que ça n’intéresse que lorsque cela fait peur. C’est un peu comme les quartiers qui n’intéressent l’opinion que lorsqu’ils brûlent », ironise un militant proche du milieu associatif et du milieu judiciaire.

Nouredine Rachedi a déclaré que les agressions islamophobes étaient courantes mais ne faisaient pas de bruit : « Je ne suis pas le seul à qui c’est arrivé mais les autres se taisent », explique-t-il dans la presse. Le réseau d’entraide « Les Dérouilleurs », qui soutient la victime, estime que « Nouredine a fait preuve de courage car il a osé aller jusqu’au bout des choses. Mais cela n’a pas été facile, parce qu’il y a toujours la peur de ne pas être écouté ».

Dans un mail diffusé au sein du réseau pour ébruiter au maximum l’affaire, « Les Dérouilleurs » précisent leur pensée : « Au moindre acte antisémite, ce sont tous les journaux, télés et radios qui se mettent en branle-bas de combat. Et si lors d’un fait divers, les agresseurs sont de type arabe ou africain, on ne manque jamais de le rappeler. Mais un acte islamophobe n’intéressera personne ». « Les Dérouilleurs » ont pris l’initiative d’adresser une lettre à la Garde des Sceaux Rachida Dati afin de l’informer de l’affaire.