« Afriscope », porte voix de la diaspora

La diaspora africaine possède désormais son journal gratuit, édité par l’association Africultures. Culture et citoyenneté sont la marque de fabrique de la ligne éditoriale d’Afriscope, diffusé sur la région Ile-de-France. Ce bimestriel veut faire entendre les préoccupations des communautés africaines de France et participer au dialogue interculturel. Sa rédactrice en chef, Ayoko Mensah, répond aux questions d’Afrik.

En dix ans, Africultures s’est imposée comme un agitateur culturel de référence. Que ce soit au travers de ses sites internet consacrés à l’actualité des spectacles ou de sa revue davantage tournée vers la réflexion (no 70, Réinventer les musées – L’Harmattan, 248 p., 22 €). L’association édite désormais, en complément, un bimestriel gratuit baptisé Afriscope. Agenda culturel, reportage, histoire, citoyenneté, roman-photos et vie pratique sont au sommaire du premier numéro, présenté par sa rédactrice en chef, Ayoko Mensah.

Afrik : Comment définissez-vous Afriscope ?

Ayoko Mensah :
C’est le premier journal gratuit pour la diaspora afro-caribéenne qui se veut à la fois culturel et citoyen. L’ambition est de rendre compte de l’actualité, mais également d’initiatives ayant trait à l’Afrique. La gratuité s’est imposée car nous voulions donner une réelle visibilité aux artistes et aux citoyens d’origine africaine. Les médias généralistes sont quasiment absents sur ce terrain, quant aux médias de la diversité, leur diffusion est trop restreinte.

Afrik : Où peut-on trouver Afriscope ?

Ayoko Mensah :
Afriscope est destiné à toute l’Ile-de-France. A Paris, le journal est disponible dans les lieux en rapport avec l’Afrique. En banlieue, nous nouons des partenariats avec les communes qui ensuite le distribuent. Notre objectif est d’atteindre rapidement une diffusion de 50 000 exemplaires sur toute la région. La liste de nos points de distribution sera bientôt disponible sur notre site (www.afriscope.fr).

Afrik : Qu’est ce qui a motivé la naissance d’Afriscope ?

Ayoko Mensah :
Au sein d’Africultures, nous sentions une demande d’information très forte sur l’Afrique, notamment chez les jeunes. Ils ne veulent pas d’une information perpétuellement catastrophiste. Je pense qu’un large public peut être tourné vers le divertissement mais aussi être très intéressé par les débats de société, la politique. Nous prenons la parole sur ce terrain.

Afrik : Avec une ambition pédagogique ?

Ayoko Mensah :
Nous n’avons pas une posture pédagogique, mais plutôt militante. Notre ambition est de rendre accessible toutes les questions qui touchent aux représentations des minorités, à la lutte contre la discrimination. Quand on lit le discours prononcé par Nicolas Sarkozy (à Dakar), on se dit qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. Il contient tant de préjugés. Sa vision s’inscrit dans la plus pure idéologie coloniale qui fait de l’homme noir un homme hors de l’histoire. Afriscope, c’est une manière de prendre la parole sur ces questions. Par rapport à Sarkozy, on constate vraiment un sentiment d’impunité qui en dit long sur le mépris des Africains, mais aussi de la diaspora. Si le lobby africain était plus fort, il n’aurait pas tenu ces propos.

Afrik : Vous vous inscrivez dans la mouvance d’associations comme le CRAN ?

Ayoko Mensah :
Même si nous sommes critiques par rapport à certaines de leurs positions, leur effort est positif. Toutes les composantes de la diaspora doivent rentrer en dialogue pour exister dans la société française.

Afrik : Que pouvez-vous nous dire sur la partie citoyenne du journal ?

Ayoko Mensah :
Notre volonté était de traiter, en plus des thèmes culturels chers à Africultures, des sujets qui touchent au champ social comme l’emploi ou le droit, car ils sont au cœur des préoccupations de nos lecteurs. La rubrique « C de l’histoire » se trouve à la frontière entre le culturel et la citoyenneté. A chaque numéro, la rédaction présentera un personnage historique d’origine afro-caribéenne oublié des manuels scolaires. Nous voulons participer à reconstruire une mémoire collective qui tienne compte de toutes les composantes de la société.

Afrik : Discours communautaire, mémoire collective, n’est ce pas antinomique ?

Ayoko Mensah :
Afficher son identité n’est pas contradictoire avec l’ouverture aux autres cultures. On ne peut le faire que lorsqu’on se connaît suffisamment. Notre message a d’ailleurs été bien perçu par les institutions. Le lancement d’Afriscope est soutenu par le Conseil général d’Ile-de-France et la direction régionale de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances.

Afrik : « Afriscope » vit de subventions ?

Ayoko Mensah :
C’est vrai pour les premiers numéros. Les pouvoirs publics nous offrent un coup de pouce mais nous devons développer des ressources financières propres au plus vite. Attention, pas à tout prix. On ne veut pas devenir un nouveau « Paris Boom Boom ».

Afrik : Pourquoi avoir choisi Aïssa Maïga pour la Une du premier numéro ?

Ayoko Mensah :
Pour notre lancement, il nous fallait une personnalité charismatique qui puisse séduire un large public. Aïssa Maïga est une jeune femme qui a des choses à dire. Elle a réussi en tant qu’actrice à sortir du ghetto réservé aux comédiens noirs. Le combat qu’elle mène pour être reconnue pour son talent est en phase avec les objectifs d’Afriscope.

Afrik : Dommage que l’interview date un peu…

Ayoko Mensah :
Aïssa Maïga était en tournage en Italie au moment du bouclage. Un souci de dernière minute nous a empêché de la joindre. Nous avons dû utiliser l’entretien réalisé en 2005 pour Africultures. Il nous a semblé néanmoins que son discours était suffisamment pertinent pour rester à la Une.

Afrik : Surprise : à la fin du journal, il y a un roman-photos…

Ayoko Mensah :
Le roman-photos fait partie des rubriques incontournables des magazines africains. C’est souvent les premières pages que les gens lisent. Nous pensions que ce genre pouvait être rénové. Nous avons donc eu l’idée de proposer une réa-fiction. Une histoire vraie se déroule devant l’objectif du photographe.

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