Afrique : le salut passe par le tourisme

En 2006, comme en 2005, l’Afrique a connu un taux de croissance touristique supérieur à 10%. Ce secteur attire les investisseurs et engendre des revenus considérables. Le tourisme doit devenir un outil essentiel dans la lutte contre la pauvreté, selon le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme.

Aucun secteur d’activité « ne créé plus d’emplois dans les économies pauvres que celui du tourisme », selon Francisco Frangialli, le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies (OMT). Ce secteur « constitue le plus important en matière de revenus d’exportation et d’investissements directs étrangers à travers les pays les plus pauvres. Dans ces pays, le tourisme se développe deux fois plus vite qu’au sein des pays industrialisés », a-t-il souligné mardi à l’occasion de la présentation de ses voeux. C’est pourquoi, selon lui, le tourisme doit devenir « un outil clé pour atteindre les objectifs de développement du millénaire. » Dans le cadre du Round de Doha de l’Organisation mondiale du commerce, Francisco Frangialli souhaite que les pays les moins développés soient soutenus afin d’utiliser le tourisme pour combattre la pauvreté.

Le réveil de l’Algérie

En 2006, l’Afrique a enregistré une croissance touristique de 10,6%, la plus forte augmentation au monde (chiffre OMT, tous types de déplacements confondus). Mais le continent n’attirait en 2005 pas plus de 4,4% des voyageurs de la planète et n’engendrait que 2,8 % des recettes touristiques mondiales. Selon les chiffres de 2005, l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Maroc et l’Egypte se taillent la part du lion en attirant deux tiers des 37 millions de touristes recensés par l’OMT. Mais les petits pays ne sont pas en reste.

Le Mali parvient presque à doubler ses visites extérieures (70 000 à 113 000) alors que Madagascar tente de combler son retard sur ses voisins Mauriciens et Réunionnais (139 000 à 200 000 visiteurs). Dans le même temps, des pays au potentiel énorme, comme l’Algérie ou la Libye, sortent de leur torpeur. En septembre dernier, lors du Salon Tourism Africa, à Genève, un responsable libyen a même laissé entendre que des discussions sont en cour pour revoir la loi interdisant la vente de boissons alcoolisées dans la Jamahiriya. L’Algérie, qui sort d’une décennie noire, a tout simplement connu en 2006 la plus forte croissance touristique du continent, juste derrière l’Afrique du Sud, (12,6%) avec 11%.

Les gays à la rescousse de La Réunion

Dans la lutte pour attirer les touristes, chacun y va de ses atouts. Dans un article daté du 2 janvier, The Daily Champion, à Lagos, loue les initiatives du gouverneur de l’Etat de Bayelsa pour promouvoir le tourisme dans sa région. Bayelsa est pourtant l’un des six état producteur de pétrole du Delta du Niger, troublé depuis plusieurs années par des activistes armés qui réclament une meilleure redistribution de l’or noir. Lors de Tourism Africa, Hassan Ahdab, vice-président du géant hôtelier Starwood pour l’Afrique et l’Océan indien, avait ainsi expliqué à Afrik que son groupe allait prochainement inaugurer un complexe touristique destiné aux employés étrangers des compagnies pétrolières occidentales dans cette région.

A la Réunion, les professionnels du tourisme ont du compter cette année sur l’aide de l’état pour ne pas sombrer suite à l’épidémie de chikungunya. Ils ont aussi pu compter sur une clientèle inattendue, celle des homosexuels. « C’est effectivement une des rares cibles qui a augmenté sa fréquentation pour visiter La Réunion, et ce, malgré le chikungunya », explique la présidente du Comité de tourisme de l’île, citée par l’hebdomadaire Témoignages. Cette réussite, l’île la doit à la « Charte Gay Friendly ». Depuis 2004, une cinquantaine de professionnels l’ont adoptée pour assurer cette clientèle victime de discriminations d’un accueil respectueux. Un exemple de l’apport du tourisme « dans la construction de rapports entre les hommes » chère à Francisco Frangialli.

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