Afrique: La population urbaine va doubler d’ici 2030

De 2000 à 2030 la population urbaine de l’Afrique sera passée de 294 millions à 742 millions, a indiqué le nouveau rapport du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), publié le 27 juin.

« En 2008, pour la première fois dans l’histoire du monde, plus de la moitié de la population du globe, soit 3,3 milliards d’habitants, vivra en milieu urbain », a révélé Monique Rakotomalala, représentante de l’UNFPA en Ethiopie, à l’occasion de la publication à Addis-Abeba du Rapport sur l’état de la population mondiale 2007. « D’ici 2030, ce chiffre devrait avoisiner les cinq milliards ».

Selon le rapport, 80 pour cent de la population mondiale vivra dans les pays en voie de développement en 2030. « Si les décideurs pouvaient endiguer la vitesse de croissance de la population, ils disposeraient de plus de temps à résoudre les problèmes actuels et se seraient mieux armés pour faire face aux futures augmentations de la population urbaine », a indiqué Mme Rakotomalala. « La solution consiste donc à freiner le taux de croissance naturelle de la population en améliorant les conditions sociales des pauvres et en renforçant les droits des femmes ».

Selon Tewodros Tigabu, chargé de programme à UN HABITAT en Ethiopie, l’Ethiopie, l’un des pays d’Afrique subsaharienne les moins urbanisés, faisait partie des nations ayant eu le taux d’urbanisation le plus élevé, avec une croissance annuelle de 4,3 pour cent.

« D’ici 2020, le taux d’urbanisation atteindra les 25 pour cent, ce qui signifie qu’un Ethiopien sur quatre vivra en milieu urbain », a-t-il expliqué. En Ethiopie, l’UNFPA a indiqué que la croissance urbaine n’est pas due principalement à l’augmentation naturelle de la population, mais à la migration.

« C’est un sujet de préoccupation, en particulier pour le segment le plus vulnérable de la population que représentent les filles et les adolescents qui migrent massivement vers les centres urbains du pays pour échapper aux mariages précoces et rechercher un emploi », a dit M. Rakotomalala.

Le thème du rapport de cette année est ‘Libérer le potentiel de la croissance urbaine’. « L’urbanisation, avec son impact sur l’augmentation de la population mondiale, est inévitable, mais peut aussi avoir un aspect positif », a ajouté Mme Rakotomalala. « Dans le monde moderne où nous vivons, aucun pays ne peut connaître une croissance économique sans développement de l’urbanisation ».

Toutefois, cette urbanisation dans les villes ne va pas sans les autres conséquences immédiates que sont les problèmes de pauvreté, de logement, d’environnement et de gestion. « Il n’est pas rare de voir dans certaines villes d’Afrique subsaharienne, 250 foyers se partager trois toilettes et une douche », a noté le rapport. « De telles conditions de vie ne font qu’accroître le stress des habitants, surtout chez les femmes qui sont aussi plus exposées aux violences basées sur le genre ».

Pauvreté

Le rapport a également révélé qu’en Angola, Tchad, Madagascar, Malawi, Mozambique, Niger, Sierra Leone et Zambie, plus de la moitié de la population urbaine vivait en dessous du seuil de pauvreté.

D’après M. Tewodros, en Ethiopie, la pauvreté en milieu urbain s’est développée plus rapidement que dans les zones rurales. Si l’incidence de la pauvreté en milieu rural est passée de 47 pour cent entre 1995 et 1999 à 45 pour cent entre 1999 et 2000, elle augmenté de 33,3 pour cent à 37 pour cent dans les zones urbaines, pendant la même période. En outre, a-t-il ajouté, 40 pour cent de la population urbaine vit dans des conditions d’extrême pauvreté.

Toujours selon le rapport de l’UNFPA, la population des bidonvilles en Afrique subsaharienne a pratiquement doublé en 15 ans et atteignait les 200 millions en 2005. « En Afrique subsaharienne, l’urbanisation rime presque souvent avec développement des ghettos ; 72 pour cent de la population urbaine de la région vit dans des bidonvilles, contre 56 pour cent en Asie du sud », a noté le rapport.

Près d’un milliard de personnes dans le monde vivent dans des bidonvilles, 90 pour cent de cette population étant concentrée dans les pays en voie de développement. En Ethiopie, la plupart des citadins vivent dans des ghettos.

De notre partenaire IRIN

Photo: Julius Mwelu/IRIN