Afrique : la mortalité maternelle en baisse

Selon une étude globale réalisée par l’université de Washington, « Maternal mortality for 181 countries, 1980–2008 », financée par la fondation britannique Bill and Melinda Gates et publiée en ligne le 12 avril 2010, la mortalité maternelle aurait baissé d’un tiers au cours 30 dernières années, contrairement à de précédentes estimations des Nations Unies qui considéraient qu’elle avait peu évolué depuis 2005. En Afrique, aussi, la baisse est significative, bien que très inégale en fonction des régions (la mortalité ayant notamment augmenté à l’Est et baissé dans l’Ouest), et que les taux restent encore très élevés.

La mortalité maternelle serait en baisse dans le monde et en Afrique. Selon une étude de l’université de Washington réalisée sur 181 pays Maternal mortality for 181 countries, 1980–2008, financée par la fondation Bill and Melinda Gates et publiée en ligne par le journal britannique The Lancet, la mortalité maternelle aurait baissé de plus d’un tiers en près de 30 ans. De 500 000 décès en 1980, on est passé à 343 000 en 2008.

Selon le Docteur Christopher JL Murray, un des directeurs de l’étude américaine, l’Afrique a toujours le « taux le plus élevé de mortalité maternelle. Mais le niveau a pas mal diminué depuis 1980, particulièrement dans l’Ouest et le Sud ». L’Afrique de l’Ouest fait donc figure de bonne élève. La proportion de décès de femmes pour 100 000 naissances vivantes était de 683 en 1980 et a été réduite de 629 en 2008. Ces chiffres bien qu’en baisse, restent cependant très élevés.

Autre exemple : dans le Somaliland. En 1997, on recensait 1600 décès de femmes sur 100 000. En 2006, le nombre était descendu à 1044. Anwar Mohamed Eggeh, directeur général du ministère de la santé et de travail au Somaliland, attribue cette baisse « à l’augmentation des établissements de santé dans les principales villes et dans les zones reculées, ainsi que l’amélioration des conditions de vie ». Mais il admet cependant que « le nombre reste élevé » car « Il n’y a pas assez d’infrastructures telles que les maternités dans le pays par rapport à la population ». A titre de comparaison, en France, en 2000, seulement 11 femmes mouraient sur 100 000 naissances vivantes.

Le Nigeria, l’Ethiopie et la RDC les plus gravement touchés

Seulement 6 pays comptabilisent la moitié des décès de mères dans le monde… dont 3 pays africains, malgré l’aide internationale : le Nigeria, l’Éthiopie et la République Démocratique du Congo. Selon Christophe Murray, l’étude a établi « 4 facteurs déterminants qui ont un rôle dans la mortalité maternelle. Il y a la fertilité (en hausse dans l’Ouest et au Centre), le niveau d’éducation de la mère (en hausse néanmoins dans beaucoup de pays), l’épidémie de VIH et l’accès aux soins encore pas très développé dans beaucoup de pays africains ». Ces 4 facteurs expliqueraient donc la raison d’un taux de mortalité maternelle si élevé dans ces 3 pays.

La situation est particulièrement critique en RDC, où on compte 1 100 décès de femmes pour 100 000 naissances vivantes. « Chaque heure de chaque jour en RDC, quatre femmes meurent de complications de grossesse ou d’accouchement, et pour chaque femme qui meurt, entre 20 et 30 ont des complications graves, telles que des fistules obstétricales, qui sont très courantes en RDC », déclare Richard Dackam Ngacthou, représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP).
La raison de cet Etat d’urgence en RDC est principalement économique. Kossi Ayigan, coordinateur du secteur santé à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a expliqué lors d’une interview donnée à l’IRIN (Bureau de la coordination des affaires humanitaires) que « le gouvernement congolais et ses partenaires ont développé un plan de bataille, qui trace clairement les étapes qui doivent êtres prises pour réduire la mortalité maternelle. Tout ce dont nous avons besoin, c’est le financement pour mettre en place l’opération ».

Les données statistiques réunies par l’équipe de l’université de Washington sont beaucoup plus optimistes que les précédentes estimations des Nations Unies, qui établissaient que la mortalité maternelle avait peu évolué jusqu’en 2005. Selon Christophe Murray, les estimations ont été obtenues avec des nouvelles données sur les pays, ce qui a permis de diminuer le nombre d’erreurs . « On a obtenu plus d’analyses, de statistiques et on a combiné tout cela », la précision est donc plus grande, nous explique-t-il.

De nouvelles évaluations sur la mortalité à l’échelle mondiale de l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS), la Banque mondial et le Fonds des Nations unies pour la population seront publiées en mai prochain.