Afrique : l’effet Eyjafjöll

L’atmosphère se détend ce jeudi dans les aéroports du monde après la paralysie occasionnée par le nuage de cendres émises par l’éruption du volcan Eyjafjöll, situé dans le sud de l’Islande. Ce ralentissement du trafic aérien a eu des conséquences notables sur les échanges commerciaux entre l’Afrique et le reste du monde. Si elles n’ont pas été évaluées, celles pour l’ensemble des transporteurs aériens du monde sont estimées à 1,7 milliards d’euros.

La réunion des ministres de la Zone Franc, qui se tient deux fois par an, initialement prévue mardi à Ndjamena, la capitale tchadienne a, elle aussi, été victime de l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll le 14 avril dernier. Le ministre tchadien des Finances et du Budget, Ngata Ngoulou a annoncé lundi dans un communiqué qu’« en raison de l’absence de la délégation française et de la plupart des participants d’Afrique de l’Ouest et des Comores, ayant opté de venir au Tchad via Paris, du fait de la paralysie du secteur aérien en Europe, la réunion des ministres de la Zone Franc, prévue à Ndjamena le 20 avril 2010 est reportée ». L’Europe a fermé son espace aérien le wwek-end dernier au nom du principe de précaution provoquant une crise aérienne. Elle « a éclipsé le 11-Septembre, lorsque l’espace aérien américain avait fermé pendant trois jours », a déclaré mercredi Giovanni Bisignani, le président de l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Plus que les responsables économiques, c’est l’économie de certains pays africains qui a été perturbée depuis le début de la semaine. Le 19 avril fut « une journée noire » pour les horticulteurs du Kenya qui se sont vus dans l’obligation de détruire des centaines de milliers de roses, destinées à l’exportation et dont les stocks s’accumulent à perte. Au Sénégal, ce sont plus de 30 sociétés spécialisées dans l’exportation de produits halieutiques qui ont été touchées. De nombreuses livraisons n’ont pu être réalisées dans un secteur. « En ce qui concerne les cargos, explique Julien Tilkens, chargé de la communication à Brussels Airlines, cela engendre pour l’ensemble des compagnies aériennes de nombreux problèmes. Des tonnes de produits frais sont bloqués dans les pays exportateurs ». Il souligne au passage également que « les transferts s’effectuent dans les deux sens ». « L’Europe envoie vers l’Afrique des médicaments, des pièces mécaniques… Le fait que tout cela soit bloqué peut créer des problèmes sanitaires et des difficultés dans l’avancée des travaux dans certaines entreprises. Nous effectueront donc une sélection pour débloquer d’abord les avions prioritaires, ceux contenant les produits les plus importantes ». Les perturbations du trafic aérien risquent ainsi de retarder le lancement d’une campagne de vaccination en Afrique. Quinze millions de doses sont en effet bloqués dans les aéroports de France et d’Allemagne, a indiqué mardi le Fonds des Nations unies pour l’enfance, l’Unicef.

Perte sèche pour les produits périssables et les opérateurs touristiques

Quant au trafic passagers, ce sont des milliers de touristes qui sont restés bloqués. « La plupart de ceux qui sont coincés ici sont retournés à Dakar pour attendre leur avion directement là bas. Quelques uns restent, mais comme c’est à eux de payer les frais de prolongement de séjour, ils préfèrent partir. Certains refusent d’ailleurs de payer leur séjour », affirme-t-on chez Sahel Découverte, un réceptif de Saint-Louis, au Sénégal. L’entreprise a aussi perdu des clients. « Le plus grave, c’est vraiment les annulations de séjour. Beaucoup de nos clients (européens en majorité, ndlr) n’ont pas pu prendre l’avion pour se rendre sur leur lieu de vacances. Nous avons reçu beaucoup de demandes d’annulation et cela fait un gros manque à gagner. »

Le trafic aérien a repris progressivement. Mardi les autorisations de décollage ont commencé à être attribuées au cas par cas. « Au total 5 avions ont été envoyés en Afrique : deux Airbus 330 ont et seront envoyés à Kinshasa, un à Nairobi et deux à Dakar, dont un qui a été loué à l’armée belge […] Tous repartiront aujourd’hui en direction de Bruxelles. », expliquait mardi soir Julien Tilkens. Rapatrier au plus vite les passagers coincés est le seul mot d’ordre du transporteur aérien. Dans le secteur, les premières évaluations des pertes occasionnées ont été rendues publiques ce mercredi par l’IATA. Elles s’élèvent à 1,7 milliard de dollars (1,26 milliard d’euros) pour les compagnies aériennes en six jours de paralysie du trafic aérien. Le groupe français Air France-KLM qui réalise, comme Brussels Airlines, un chiffre d’affaire substantiel sur l’Afrique a évoqué le chiffre de 35 millions d’euros de pertes par jour. Entre le 17 et le 19 avril, au plus fort de la paralysie, les transporteurs aériens en aurait perdu 297 par jour. Après le chaos de ces derniers jours, un retour complet à la normale du trafic est attendu à compter de ce jeudi.