Afrique du Sud : nouvelle ère au sein de l’Alliance démocratique ?

John Steenhuisen

Ces dernières semaines, le principal parti d’opposition en Afrique du Sud, l’Alliance démocratique (DA, en anglais) avait été secoué par de profondes dissensions en lien avec des considérations raciales. Ces désaccords ont entraîné d’importantes démissions dont celle de Mmusi Maimane, le leader noir du parti. Le suspens n’aura duré que quelques semaines. La DA vient de se doter d’un chef par intérim, qui semble très ambitieux.

John Steenhuisen, 43 ans, de race blanche est, depuis hier, le successeur de Mmusi Maimane dont il assure l’intérim à la tête de la DA. Il a récolté 75% des voix des délégués du Conseil fédéral du parti, écrasant du coup son challenger noir, Gana Makashule. Collaborateur direct de M. Maimane, John Steenhuisen avait été, par deux fois, nommé par ce dernier whip en chef au Parlement, d’abord en 2014 puis en mai dernier. Ainsi, réagissant à ce que l’on pourrait qualifier de manque de loyauté de sa part, M. Steenhuisen s’exprima en ces termes, tout juste après son élection : « Je n’ai pas poignardé Mmusi Maimane dans le dos. J’ai été son whip en chef, je l’ai servi loyalement et je l’ai bien servi jusqu’à la fin. Il ne m’a pas été possible de lui dire que j’étais candidat au poste de chef par intérim parce qu’il avait démissionné en tant que chef et membre du parti ».

Aussitôt élu, John Steenhuisen n’a pas hésité à annoncer les couleurs en déclinant les grandes lignes de son projet à la tête du parti. « Nous devons faire du revers des dernières élections le plus grand retour en politique sud-africaine. Cela signifie que nous devons être un parti fondé sur l’authenticité organique, que nous devons nous enraciner véritablement dans chaque communauté en Afrique du Sud », a-t-il déclaré.

Sur la question raciale qui déchire le parti, le nouveau chef de la DA n’a pas manqué d’exprimer ses vues. Il estime que l’héritage de l’Apartheid doit être corrigé par des réparations ciblées : « Vous n’avez pas besoin de recourir à une classification raciale grossière pour le faire. Nous pouvons cibler les politiques de recours directement là où elles doivent l’être, c’est-à-dire sur les plus pauvres de notre société, qui sont presque tous des Sud-Africains noirs », a martelé celui qui a été élu au Conseil municipal de Durban à 22 ans, en 1999.

Posant un diagnostic de l’Afrique du Sud post-Apartheid, John Steenhuisen affirme : « La vérité, c’est simplement ceci : 25 ans de politiques fondées sur la race ont appauvri davantage les Sud-Africains pauvres, ont fini par empêcher un plus grand nombre de Sud-Africains d’avoir accès aux opportunités et ont rendu un très petit groupe de personnes en Afrique du Sud exceptionnellement riches ».
Tous les regards sont donc tournés vers le nouveau leader de l’opposition sud-africaine qui est résolument tourné vers l’avenir.