Afrique du Sud, la nouvelle silicone valley

Combiner opération de chirurgie esthétique et safari haut de gamme, c’est s’assurer un commerce fort lucratif en Afrique du sud. Depuis deux ans, une nouvelle sorte d’agence de voyage propose aux touristes de visiter le pays, et d’en repartir absolument…transformés !

Une forme de tourisme tout à fait spécial est en train de connaître un essor en Afrique du sud : le tourisme  » médical « . Que des étrangers viennent se faire opérer dans ce pays n’est pas un fait nouveau mais depuis deux ans un véritable commerce, très organisé et fructueux, allie opérations chirurgicales et détente. Aujourd’hui, au moins cinq compagnies proposent ce genre de packs, et chacune d’elle accueille une trentaine de clients étrangers chaque mois.

A l’origine de toutes ces agences de voyage très particulières, celle de Lorraine Melville  » Surgeon and Safari « . L’idée de créer sa compagnie lui est venue d’une expérience personnelle.  » En 1999, un de mes oncles des Etats-Unis m’a informée de son envie de subir un lifting. Je lui ai proposé de venir se faire opérer à Johannesburg. C’était moins cher et cela lui permettait du même coup d’en profiter pour visiter le pays « . L’oncle accepte, un commerce est né !

Un tourisme sur mesure

Ce tourisme attire principalement pour l’instant des touristes (ou des patients, on y perd son latin !), de Grande Bretagne et des Etats-Unis. La déficience du secteur hospitalier anglais y joue certainement un rôle. Il faut en effet attendre plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous chez un spécialiste ou à l’hôpital. Quant aux Américains, ce type de chirurgie a, chez eux, un coût relativement élevé.

Toutes les agences insistent : en allant vous faire opérer en Afrique du sud, vous bénéficierez du taux particulièrement bas du Rand, la monnaie sud-africaine, d’un pouvoir d’achat fort confortable et de prix compétitifs. Pour preuve : une augmentation mammaire coûte 10 000 dollars aux Etats-Unis, elle vous est proposée au Cap à 2 800 dollars environ ! Un lifting y revient à 4 400 dollars, contre 15 000 en Amérique.

Chirurgie bradée

L’offre est à priori attractive, sans oublier que pour un certain nombre de billets verts de plus, tous incluent le billet d’avion, la pension complète dans un palace de Johannesburg ou du Cap et bien sûr…le safari détente ! D’un coup, subir un acte de chirurgie lourde prend des allures de récréation. D’où que le client soit, s’il est intéressé, il suffit qu’il se connecte à l’un des sites de ces organisations aux noms improbables – Surgical adventures, Farsouthlife, Healthhh – pour être mis en relation avec un chirurgien de l’agence.

Le questionnaire auquel il faut répondre est tout à fait surréaliste. Le client doit indiquer s’il veut subir une réduction mammaire, une liposuccion, se faire gonfler les lèvres, recoller les oreilles, opérer de la myopie ou du genou…Puis, sans transition, s’il préfère dans sa période de convalescence prendre part à un safari, faire le tour des vignobles sud-africain, suivre un parcours de golf ou découvrir les pays voisins ! Puis on lui propose la liste, photos à l’appui, des hôtels de luxe dans lesquels il sera logé.  » Chaque client dépense au final 7 000 dollars en moyenne « , précise la directrice de  » Surgeon and Safari « .

La controverse

Face à ce commerce florissant, un certain nombre d’experts exprime son inquiétude. Certes, chacune des organisations se targue de ne faire appel qu’à des chirurgiens reconnus et agréés, mais plusieurs questions restent en suspens. Quid de l’évaluation de la réelle motivation du patient, mais surtout du suivi thérapeutique ? Ce genre d’opération nécessite pourtant de sérieux contrôles post-opératoires. D’autant plus que les compagnies commencent à proposer des chirurgies de plus en plus lourdes, voire même cardiaques. Or, un chirurgien osera-t-il refuser d’opérer un patient qui a payé son pack, s’il se rend compte que l’acte est déconseillé ? Lorraine Melville assure que oui.