Afrique du Sud : l’ombre du terrorisme plane sur le Mondial

La police sud-africaine a annoncé, vendredi, l’inculpation de cinq extrémistes blancs pour terrorisme, après la découverte d’une cache d’armes et d’explosifs. Ils sont soupçonnés d’avoir projeté des attentats à la bombe contre des townships noirs. Ces arrestations interviennent dans un climat de tensions raciales après le meurtre en avril dernier d’Eugène Terre’Blanche, le leader du Mouvement de résistance afrikaner (AWB).

A près d’un mois du coup d’envoi de la Coupe du monde de football, les tensions raciales se font de plus en plus sentir en Afrique du sud. Les autorités ont annoncé avoir déjoué un projet d’attentat « bien préparé » de l’extrême droite blanche contre des townships noirs. « La police a fait une descente dans certain nombre d’endroits et certaines personnes avaient caché des armes et des munitions », a indiqué lors d’une conférence de presse, Nathi Mthethwa, le ministre de la Police. Résultat, cinq extrémistes sud-africains blancs ont été inculpés, vendredi, pour terrorisme.

« Ils voulaient notamment poser des bombes dans des zones où vivent des Noirs »

Ils avaient été arrêtés fin avril à Phalaborwa, au nord-est au pays, après la profanation de la tombe d’un haut responsable noir, a déclaré Musa Zondi, le porte-parole des Hawks (faucons), l’unité d’élite de la police criminelle. Lors de l’interrogatoire, « ils nous ont orientés vers leurs autres activités et vers une cache d’armes et d’explosifs », a-t-il précisé. « Ils voulaient notamment poser des bombes dans des zones où vivent des Noirs ». Selon des informations émanant de la presse, en avril dernier les forces de sécurité auraient arrêté un homme de 62 ans dans le cadre d’une enquête sur un complot présumé d’extrémistes contre la Coupe du monde. Un scénario qui fait craindre des événements comme ceux ayant endeuillé le pays en 2002. Vingt-un membres de l’extrême droite avaient organisé plusieurs attentats, dont une explosion dans le township de Soweto, au sud de Johannesburg, qui avait fait un mort.

Une atmosphère pesante

Cette série d’arrestations intervient dans un climat de conflits entre l’extrême-droite blanche et la communauté noire après le meurtre du leader du Mouvement de résistance afrikaner (AWB). Le 3 avril dernier, Eugène Terre’Blanche avait été tué par deux ouvriers agricoles noirs qui s’étaient rendus à la police. Leur première comparution avait suscité la colère de l’AWB qui avait appelé les fermiers blancs à s’armer pour se défendre contre « la tuerie des Blancs par les Noirs en Afrique du Sud ». Dans le même temps, Julius Malema, le chef de la ligue jeunesse du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), entendu lundi pour ses récentes provocations, avait chanté un refrain de la lutte anti-apartheid. Cette chanson appelait à « tuer les Boers » (fermiers blancs), en dépit d’une interdiction de la justice et malgré les appels à la modération du président sud-africain, Jacob Zuma.

Malgré ces tensions raciales, le ministre des Renseignements Siyabonga Cwele s’est montré rassurant. « Nous travaillons avec les communautés afrikaner (descendante des premiers colons européens), juive, musulmane et d’autres groupes religieux pour construire une cohésion et renforcer l’unité de notre nation », a-t-il déclaré, jeudi, précisant qu’il n’y avait « aucune menace » terroriste. Reste qu’à la veille du Mondial, 44 000 policiers ont été mobilisés et que des unités spéciales, aidées par l’armée, protègeront les 32 équipes participantes. Certains matchs jugés à risque, comme la rencontre Angleterre-Etats-Unis le 12 juin à Rustenburg, feront même l’objet de déploiements particuliers, a détaillé le ministre de la Police.

Si aucun incident ne s’est produit jusqu’à maintenant, les tensions demeurent et des débordements restent à craindre dans un pays encore marqué par les inégalités raciales, seize ans après la chute de l’apartheid.