Afrique du Sud : Julius Malema fait marcher les jeunes de l’ANC

Président de la Ligue de jeunesse du Congrès national africain, Julius Malema dérange par sa duplicité, ses coups de gueule désordonnés et ses tendances racistes. Accusé de « semé la division dans le parti », il comparait jusqu’à vendredi devant la commission de discipline du Congrès national africain (ANC) pour insubordination. Ses partisans qui se recrutent par milliers chez les jeunes désœuvrés manifestent en sa faveur et affrontent la police devant les bureaux du parti, à Johannesburg. Il risque l’exclusion.

Il semble clair que condamner Julius Malema, le leader de la jeunesse du Congrès national africain (ANC), parti politique dirigé par le président Jacob Zuma, ne sera pas chose facile. Accusé d’avoir semé la division au sein du parti et discrédité la formation pour avoir critiqué le gouvernement du Botswana en le qualifiant de « marionnette des Américains », Malema comparait jusqu’à vendredi devant la commission de discipline du parti pour insubordination. Le leader de la jeunesse de l’ANC, qui a par ailleurs qualifié les Américains d’ « impérialistes assoiffés de sang » après l’intervention de l’Otan en Libye, risque l’exclusion. Des centaines de jeunes ont manifesté mardi leur colère devant le siège de l’ANC à Johannesburg. Il y a eu des échauffourées avec les forces de l’ordre. Pour disperser les protestataires, la police a fait usage de grenades assourdissantes, de canons à eau et de balles de caoutchouc, rapporte Radio-Canada. Un drapeau de l’ANC et des t-shirts à l’effigie de Jacob Zuma ont été brûlés. Bilan de ces violences : un agent des forces de l’ordre hospitaliser et cinq journalistes blessés. Selon la police, un manifestant a été arrêté.

Malema le provocateur

Président de la Ligue de jeunesse de l’ANC depuis 2008, Julius Malema dérange sérieusement le parti au pouvoir, dont il est lui-même issu. Cet anti-capitaliste, âgé de 30 ans, ne cesse de multiplier les déclarations à connotation raciale à l’égard des Blancs et appelle, entre autre, à la nationalisation des mines et à l’expropriation sans compensation des fermiers blancs. En avril 2010, le président sud-africain a pris ses distances vis-à-vis de lui en désapprouvant publiquement certaines de ses paroles provocatrices. L’orateur au franc-parler s’en était vertement pris à un journaliste de la BBC, qu’il avait qualifié de « bâtard » doté d’une « tendance de Blanc (…) à attaquer les Noirs ». Le crime du journaliste? Le fait de lui avoir fait remarquer qu’il vivait dans le quartier huppé de Johannesburg.

Connu pour son goût du luxe, Malema, qui se dit être le défenseur des droits des « plus pauvres parmi les pauvres » est un bon client de la justice. Il fait l’objet d’une enquête judiciaire pour corruption. En 2009, il réactive une chanson traditionnelle du temps de l’Apartheid : « tuer les Boers » (ndlr : Tuer le fermier blanc). Résultat, une plainte pour incitation à la haine. Mardi, ses partisans ont repris en chœur cette chanson. Après l’audience, le « révolutionnaire » leur a demandé d’observer le calme.

En réaction, le secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe, a déclaré que « la procédure continue. Nous ne sommes pas intimidés ».

Les soupçons de corruption qui pèsent sur Julius Malema ne semblent pas entamer sa notoriété auprès des millions de jeunes sud-africains touchés par un taux de chômage extrêmement élevé. Pour éviter de nouveaux débordements, l’ANC a annoncé que les prochaines audiences auront lieu ailleurs qu’à Johannesburg. Julius Malema risque tout au plus d’être exclu du parti.