Afrique du Sud : Jacob Zuma sur le fil

Jacob Zuma a comparu lundi devant un tribunal du Sud-Est de l’Afrique du Sud. Le président du Congrès National Africain (au pouvoir) va tenter d’obtenir un non-lieu dans une procédure judiciaire qui le met en cause pour corruption. Il est soutenu par de très nombreux militants qui dénoncent une machination politique.

Quitte ou double. L’avocat de Jacob Zuma, le leader du Congrès National Africain (ANC, au pouvoir), a déposé un recours lundi devant le tribunal de Pietermaritzburg (Sud-Est de l’Afrique du Sud) pour faire annuler le procès en appel dans lequel son client comparaît pour corruption. Il avance que le procureur n’a pas laissé s’exprimer l’accusé avant de l’inculper.

Une éviction politique?

Accusé de fraude, de corruption, de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale, Jacob Zuma est soupçonné d’avoir établi des accords obscurs avec la société française Thint (Thalès International). Mais sa rivalité avec le président Thabo Mbeki serait, pour certains, la véritable raison de ce procès.

Portée une première fois devant la justice en 2005, cette affaire de corruption a profondément modifié les rapports entre les deux hommes, jusqu’ici inséparables en politique. Reconnu coupable, puis blanchi pour vice de forme, Jacob Zuma a été limogé par Thabo Mbeki, qui lui a retiré la vice-présidence. Depuis, leur rivalité s’est accrue, jusqu’à les mettre face à face dans la course à la tête de l’ANC en décembre 2007. Jacob Zuma avait alors infligé un sévère revers au président. Pour beaucoup, Thabo Mbeki ne serait donc pas étranger à la remise à jour du procès Thint.

Course à la présidence

Si le vice de procédure que plaide Me Kemp J. Kemp est avéré, Jacob Zuma pourra compter sur une annulation ou un report de la procédure.
Il aurait alors le champ libre pour préparer l’élection présidentielle du deuxième semestre 2009, pour laquelle il est le grand favori. Mais en cas d’échec de la procédure d’appel, Me Kemp J. Kemp a d’ores et déjà fait savoir qu’il déposera un recours devant la Cour suprême, toujours dans l’espoir d’obtenir un non-lieu. Prêt à toute éventualité, Jacob Zuma a pour sa part promis de démissionner de la tête de l’ANC s’il était reconnu coupable.

Les militants de l’ANC sont venus en masse lundi devant le tribunal de Pietermaritzburg pour manifester leur soutien à leur leader. Rassemblés sur place à l’initiative des cadres du parti, ils ont exécuté des danses et des chants zoulous, ainsi que des prières en l’honneur de leur chef. Très populaire auprès des catégories pauvres de la population sud-africaine, Jacob Zuma représente pour elles l’espoir d’un monde meilleur : « C’est lui qui fera de l’Afrique du Sud un pays prospère où les gens auront le privilège d’avoir un travail », affirmait d’ailleurs un sympathisant.