Afrique du Sud : après ses propos incendiaires, l’ancien Président Frederik de Klerk s’excuse

Frederik de Klerk

L’ancien Président sud-africain, Frederik de Klerk, a encore tenu récemment des propos polémiques, en refusant d’admettre que l’apartheid est un « crime contre l’humanité ». Les vives réactions suscitées par ces propos ont contraint l’ex-Président à regretter publiquement ses dires et à s’excuser.

Frederik de Klerk a dû, ce lundi, « présenter ses excuses pour la confusion, la colère et les blessures » qu’il a causées par les propos graves qu’il a tenus, il y a juste quelques jours.
En effet, c’est au cours d’un entretien télévisé que le dernier Président de l’Afrique du Sud sous l’apartheid a lâché les propos incriminés. A la question de savoir si l’apartheid pouvait être considéré comme un « crime contre l’humanité », Frederik de Klerk a répondu : « Je ne suis pas entièrement d’accord. Mais je ne justifie absolument pas l’apartheid, sous aucune condition ».

Face à l’insistance du journaliste qui rappelle que ce régime avait détruit la vie de millions de Sud-Africains, l’ancien Président rétorque : « C’est vrai, et je m’en excuse profondément. Mais il y a une différence. L’apartheid, par exemple, ne peut pas être comparé à un génocide ». Il ne suffisait pas plus pour susciter la colère de milliers de Sud-Africains qui n’ont pas caché leur indignation. Par exemple, à l’occasion du discours du Président Cyril Ramaphosa, le 13 février, devant le Parlement, et auquel Frederik de Klerk avait été invité en sa qualité d’ancien Président, Julius Malema, leader des Combattants pour la liberté économique (EFF, en anglais), a étalé toute sa colère à la face de l’ancien chef d’Etat.

« Nous avons un meurtrier dans la salle. Quelqu’un qui ne se repent pas d’avoir été un apologiste de l’apartheid. Il a le sang d’innocents sur les mains », a-t-il lâché, en réclamant le départ de de Klerk de la salle. Du côté de l’ANC, les réactions sont moins violentes, même si on reconnaît que les propos de l’ex-Président sont nuisibles pour le processus de réconciliation nationale toujours en cours. L’archevêque Desmond Tutu, de son côté, n’est pas resté sans réaction sur les propos de Frederik de Klerk. « Il est irresponsable (…) de débattre du degré d’horreur de l’apartheid. En se demandant si l’apartheid était un “crime contre l’humanité”, l’ex-Président de Klerk a rouvert de vieilles plaies ».

Devant le désaveu général, l’ancien chef d’Etat a dû se rétracter et présenter ses excuses au peuple sud-africain. « Je suis d’accord avec Desmond Tutu qu’il n’est pas temps de pinailler pour savoir à quel point l’apartheid était inacceptable. C’était totalement inacceptable », a-t-il déclaré.
Il convient de rappeler que le Président Frederik de Klerk est coutumier de ces genres de propos incendiaires. En 2012 par exemple, il avait déjà, à l’occasion d’une interview donnée à la chaîne américaine CNN, essayé de justifier l’apartheid et la séparation raciale. Et à cette époque déjà, ces propos avaient soulevé le même tollé, certaines personnes allant jusqu’à demander que lui soit retiré le prix Nobel de la Paix qu’il a partagé, en 1993, avec Nelson Mandela, pour son rôle dans la fin du régime de l’apartheid.