Afrique du Sud : Abel Selaocoe, le violoncelliste qui nous montre le lien entre Bach et les chants traditionnels africains ! 

Abel Selaocoe, violoncelliste
Abel Selaocoe, violoncelliste

Un violoncelliste en dreadlocks : voilà qui n’est pas banal ! Le premier album d’Abel Selaocoe, violoncelliste sud-africain que nous découvrons, est formidable, mélange de musique classique européenne – baroque plus précisément – et de musiques traditionnelles sud-africaines, notre musicien passant le plus aisément du monde d’un univers à l’autre au fil des compositions. 

Voilà ce qu’Abel nous confie, dans le livret dont il a lui-même rédigé les notices (fort éclairantes) pour chaque morceau, se présentant comme « violoncelliste, chanteur, compositeur » : « La musique baroque que j’ai étudiée dans mes jeunes années et la musique sud-africaine de mes racines ont plus en commun qu’on ne l’imagine. L’une comme l’autre se prêtent à l’improvisation. Il y a bien longtemps qu’elles sont entrées en contact dans l’histoire de l’Afrique du Sud, à l’église, par exemple, où les cantiques européens et la musique africaine se retrouvèrent à occuper le même espace. Depuis que je me suis mis au violoncelle et que j’ai commencé à chanter, ces deux sources d’influences n’ont cessé de se croiser dans mon esprit. J’ai découvert que les chants de mes ancêtres ont des lignes de basse qui ressemblent à celles de la musique baroque, alors j’ai pensé : « Ces lignes ne sonneraient-elles pas merveilleusement ensemble ? » ». 

Abel Selaocoe, violoncelliste
Abel Selaocoe, violoncelliste

Le fruit du métissage intérieur d’Abel Selaocoe

Voilà donc un album formidable, d’un genre totalement in-ouï, au sens le plus littéral du terme : jamais nous n’avons entendu une telle musique, qui est la création propre de l’artiste, le fruit de son métissage intérieur particulier. Ainsi notre violoncelliste s’accompagne à la fois d’un théorbe et d’une kora pour nous livrer sa version toute personnelle d’une magnifique sonate de Platti – musicien italien baroque (1697-1763) qui vécut en Allemagne, et dont nous avouons humblement que nous ne le connaissions pas – et pourtant nous écoutons France Musique depuis nos 15 ans ! :). De même, en quelques minutes à peine, Abel sait exprimer tout le tragique et toute l’émotion qui nourrissent la sarabande de la suite n°3 pour violoncelle de Bach.

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Mais c’est bien sûr dans ses compositions originales que l’artiste nous émerveille le plus. Improvisant largement dans l’une ou l’autre de ses créations, chantant (dans sa langue natale, le sesotho) souvent en même temps qu’il joue, conviant ici des chœurs féminins ou masculins dans la pure tradition des chants collectifs africains, faisant sonner là son violoncelle comme un violon irlandais enjoué, jouant des frappes/percussions sur son instrument, ou bien encore nous émouvant avec une balade douce et tendre dont le titre est simplement « Amour » en sesotho (« Lerato »).

Abel Selaocoe fait souvent référence aux chants de l’église qu’il fréquente en Afrique du Sud, et l’on sait à quel point l’Afrique est un continent où la spiritualité demeure vivace. Le lien entre Bach et la musique que compose notre génial artiste, comme cette prière-invocation aux ancêtres qui clôt l’album, « Ancestral Affirmations », est peut-être là, tout simplement…

Son site : https://www.abelselaocoe.com 

Après le 31 octobre 2022 aux Bouffes du Nord, Paris, l’artiste sera en concert :

19 novembre : Auditorium de Lyon

10 février 2023 : Festival Sons d’Hiver, Paris

4 avril : Festival Détours de Babel, MC2, Grenoble

3 mai : MA Scène nationale, Montbéliard

20 mai : Festival Jazz sous les Pommiers, Coutances

24 mai : Opéra de Lille