Afrique du Sud : 38 morts en cinq jours dans trois fusillades de masse


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Police sud-africaine
La police sud-africaine

Dix-sept personnes ont été tuées samedi soir dans une taverne de Wedela, à l’ouest de Johannesburg, et dix autres quelques heures plus tard dans un shisanyama de Lwandle, près du Cap. Mardi, onze personnes avaient déjà été abattues à KwaMakhutha, au sud de Durban. Cette série intervient un mois après la publication de statistiques policières faisant pourtant état d’une nouvelle baisse des meurtres dans le pays.

La première attaque a eu lieu samedi 26 septembre vers 21h30 dans l’Extension 3 de Wedela, un township de la région de Carletonville, dans le district du West Rand (Gauteng) en Afrique du Sud. D’après la police, huit hommes armés de fusils d’assaut AK-47 et de pistolets ont d’abord tiré sur les clients qui buvaient devant la taverne, puis sont entrés dans l’établissement et ont continué à faire feu à l’intérieur. Les secours ont déclaré treize hommes et quatre femmes morts sur place. Quinze blessés ont été hospitalisés.

Pas de mobile connu

Avant de repartir à bord de deux véhicules, les assaillants ont fouillé plusieurs clients pour leur prendre leurs téléphones. Deux autres voitures ont été incendiées pendant l’attaque. La police du Gauteng a ouvert dix-sept dossiers pour meurtre et quinze pour tentative de meurtre. Dimanche, personne n’avait été arrêté et le mobile restait inconnu.

Un peu plus de quatre heures après, à plus de 1 200 kilomètres de là, des hommes armés sont entrés vers 1h46 dans un établissement de Lwandle, près de Strand, dans l’agglomération du Cap. L’endroit servait à la fois de lieu de sortie et de shisanyama, ces restaurants populaires où l’on mange de la viande grillée. Cinq clients sont morts sur place et cinq autres après leur transfert à l’hôpital. Onze blessés étaient encore soignés dimanche. Le commissaire provincial du Western Cape, le lieutenant-général Sizakhele Dyantyi, a confié l’enquête à une équipe dirigée par les enquêteurs chargés des crimes violents, et des renforts ont été envoyés dans le quartier.

Onze morts à KwaMakhutha mardi

Mardi 22 septembre, peu avant 23 heures, trois hommes avaient fait irruption dans une maison du secteur de Ziko, à KwaMakhutha, un township situé à une trentaine de kilomètres au sud de Durban (KwaZulu-Natal). Treize hommes et une femme, que l’on pense enceinte, y faisaient la fête. Dix personnes sont mortes sur place, une onzième à l’hôpital. Les tireurs ont aussi mis le feu à la voiture de l’une des victimes.

Selon la police, certaines victimes étaient déjà dans le viseur du renseignement criminel pour des activités illégales qu’elle n’a pas détaillées. Un conflit entre groupes rivaux fait partie des pistes, sans avoir été établi comme mobile. Le Premier ministre de la province, Thami Ntuli, a pour sa part mis en cause le trafic de drogue et la circulation des armes illégales.

Les trois fusillades ont donc fait 38 morts entre mardi soir et dimanche matin. Ce total n’inclut pas les quatre hommes tués samedi soir dans le secteur de Site C, à Khayelitsha, autre township du Cap. Deux corps ont été retrouvés dans une voiture à l’arrêt, un troisième à proximité, et la quatrième victime est décédée à l’hôpital. Aucun suspect n’avait été identifié dimanche matin.

Les tavernes, cibles récurrentes

Les débits de boisson reviennent souvent dans la chronique des tueries sud-africaines. Le 6 décembre 2025, douze personnes, dont trois enfants, avaient été tuées par trois hommes armés dans une taverne clandestine aménagée dans un foyer de travailleurs de Saulsville, à l’ouest de Pretoria. Le 21 décembre, au moins neuf personnes étaient abattues dans une taverne de Bekkersdal, township lui aussi situé dans le West Rand. Le Daily Maverick recensait sur l’année 2025 plusieurs fusillades de masse dans ce type d’établissement, qui avaient fait au moins 40 morts. Entre avril et septembre 2025, la police avait fait fermer près de 12 000 débits de boisson sans licence.

Dans ces lieux bondés, les tireurs touchent souvent des clients sans aucun lien avec eux ou avec leurs cibles. Le chercheur David Bruce estimait dans le Sunday Times que les armes à feu sont en cause dans environ 43 % des meurtres et 65 % des tentatives de meurtre, et que les armes illégales pèsent lourd dans les tueries à victimes multiples. Le spécialiste du crime organisé Mark Shaw rappelait que des gangs se servent parfois de fusillades publiques pour affirmer leur force. Rien ne permet encore de rattacher Wedela ou Lwandle à l’un de ces schémas et ce dimanche, les enquêteurs n’avaient communiqué aucun mobile.

Moins de meurtres, davantage de tentatives

Les statistiques présentées le 28 août par le ministre de la Police par intérim, Firoz Cachalia, font état de 5 427 meurtres entre avril et juin 2026, contre 5 770 un an plus tôt, soit une baisse de 5,9 %. Le trimestre précédent avait enregistré un recul de 9,5 %, et le ministre a lui-même relevé que la décrue ralentissait. Les tentatives de meurtre ont augmenté de 8,7 % sur la même période.

Le ministère et les responsables provinciaux de la sécurité ont convenu de concentrer leurs efforts sur 140 commissariats où se regroupe l’essentiel de la criminalité violente, en ciblant notamment le crime organisé, l’extorsion et la violence des gangs.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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