Afrique, donne-toi l’espoir de ne pas croire en ça !

Le 19 mars dernier, le salon du livre ouvrait ses portes avec le traditionnel prix France Télévision qui cette année, a été attribué à Stephen Smith pour son œuvre Négrologie. L’oraison funèbre d’une Afrique ensevelie avant même qu’elle ait lâché son dernier soupir. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. L’Afrique, selon Stephen Smith « est tétanisée par un présent qui n’a pas d’avenir ».

Le 19 mars dernier, le salon du livre ouvrait ses portes avec le traditionnel prix France Télévision qui cette année, a été attribué à Stephen Smith pour son œuvre Négrologie. L’oraison funèbre d’une Afrique ensevelie avant même qu’elle ait lâché son dernier soupir. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. L’Afrique, selon Stephen Smith « est tétanisée par un présent qui n’a pas d’avenir ». Succès d’estime, succès commercial, Stephen Smith a atteint son but : celui d’émouvoir les afro optimistes et de réconforter les afro-pessimistes dans leur opinion.

A sa sortie en octobre dernier, l’ouvrage avait suscité beaucoup de réactions. Mère Afrique, tes fils, mais aussi ceux qui croient en ton éveil en avaient été indignés. Comment dénier à tout un continent son droit à être, à exister, à devenir. Car il est bien question dans cette litanie macabre de figer l’Afrique à une étape de son devenir. Ne dit-on pas que l’histoire n’est que perpétuel bouleversement ? Les grandes avancées historiques ne sont-elle pas filles de ruptures et de destructions ?

Alors que René Dumont, en 1962, annonçait le mauvais départ de l’Afrique* dans la course au développement, Stephen Smith, dans son ouvrage proclame déjà son abandon. Abandon dans une longue compétition qui certes exige beaucoup de ressources. Ressources, énergies, souffle, Mère Afrique tu en disposes. Mais comment maximises-tu tes chances dans cette énième étape de la course ? Tu es à bout de souffle, peut-être cours-tu mal ? Mais tu peux encore atteindre la ligne d’arrivée. Si arrivée il y a. Tout est question de coaching et de gestion des obstacles. Les obstacles, les autres les ont affrontés. Certains avec beaucoup de succès, d’autres avec moins. Mais ils poursuivent l’aventure.

Si l’auteur a pu s’ériger en « oracle » te prévoyant une destinée noire, c’est bien parce qu’il a eu du grain à moudre. Pourquoi te draper d’un linceul mortifère alors que tes malles craquent de parures ? Pourquoi te nourrir de sang, du sang de tes enfants alors que les divinités t’ont bordée de trésors bleus ? Mama Africa, les comptes-tu ces fils qui tombent par centaines, par milliers, par millions sous le regard de ces seigneurs de guerres ? Tu t’es résignée devant le pillage de tes entrailles, es restée muette face à ces transferts de fonds effrénés qui vont alimenter leurs coffres dorés. Mama, tes fils t’ont fait mentir. Ta sacro sainte solidarité n’a plus vraiment droit de cité. Des « îlots de prospérités » émergent ici et là, sans cri ni égard pour l’océan de misère qui t’inonde ! C’est cette fresque morbide qu’a peinte Stephen Smith.

Afrique, mon Afrique, passe outre les pics et polémiques autour de Négrologie. Dans la moiteur de cette nuit noire à laquelle il te condamne, j’ai vu une lueur. Et parce que je crois encore en toi, Mère Afrique, reprends ton souffle. Tes jambes sont si fébriles certes, et tu trembles encore sous le poids du gémissement de tes enfants …mais la course est encore longue. Alors relève toi. Mets un pas après l’autre et avance.

Mama Africa, parce que tu es seule maîtresse de ta destinée, dis-leur, à ces apprentis sorciers qui te gouvernent, dis-leur, à ces complices de ton supplice, que l’heure a sonné du changement de cap. Tu dois continuer la course, alors dis-leur que tu ne roules plus au génocide ! Dis-leur que tu ne veux plus rouler ni à la corruption ni au clientélisme. Sur la piste qui mène au podium, déjà se font entendre les vivas de ces afro optimistes qui loin de tout angélisme croient en une Afrique possible.

Romaric Atchourou