Afrique : Des médecins et des médicaments, contre la TB ultra-résistante

Limiter la propagation de la tuberculose (TB) ultra-résistante nécessite d’intensifier d’urgence les efforts en matière de recherche de nouveaux médicaments et de remédier à la pénurie de ressources humaines dans le secteur de la santé en Afrique, ont insisté samedi les participants à une conférence internationale en France.

L’inquiétude liée à l’apparition et la propagation de souches de tuberculose ultra-résistantes, notamment en Afrique, a été largement évoquée lors de la 37ème Conférence mondiale de l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires (Union), qui a réuni pendant cinq jours à Paris, la capitale française, quelque 2 000 participants originaires de 130 pays sur le thème du «renforcement des ressources humaines pour une meilleure santé respiratoire».

Plus de 10 millions de personnes sont infectées par la tuberculose chaque année dans le monde, et 5 000 personnes en meurent chaque jour, a rappelé Nils Billo, directeur exécutif de l’Union.

En 2004, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un demi million de malades avaient développé une résistance à au moins deux antibiotiques utilisés dans le traitement de la tuberculose, tandis que 450 000 nouvelles infections l’étaient par des souches ultra-résistantes, qui résistent à trois des six médicaments de seconde ligne actuellement disponibles.

Il s’agit d’un véritable fardeau pour des nations dites à «faibles revenus» car, une fois la résistance installée, la durée, le coût et les effets secondaires du traitement augmentent considérablement alors que les chances de guérison s’amenuisent, ne laissant «pratiquement aucune possibilité de traiter les patients avec les antituberculeux actuels», a rappelé l’OMS.

Le développement de telles résistances, en général dû à une interruption ou une mauvaise observance du traitement, est particulièrement inquiétant dans le contexte de pénurie de personnels de santé que connaissent les pays en développement, de nombreux professionnels partant à l’étranger chercher de meilleures conditions de travail et de rémunération, ont souligné les participants à la conférence.

Cette «fuite des cerveaux» est encore plus critique en Afrique, touchant par exemple un médecin sur quatre au Ghana. Alors que le continent noir supporte un quart de la charge mondiale de l’épidémie de tuberculose, elle n’abrite que 1,3 pour cent des professionnels de la santé, selon l’OMS.

Le continent le plus touché par les épidémies de sida et de tuberculose est sans surprise le plus frappé par la co-infection VIH/TB, d’après les Nations unies.

La tuberculose est la principale infection opportuniste liée au VIH/SIDA. En Afrique australe, selon la structure sanitaire américaine Center for Disease Control (CDC) de Nairobi, au Kenya, entre 60 et 80 pour cent des malades atteints de tuberculose sont séropositifs.

Des porteurs de la tuberculose ultra-résistante ont été recensés dans toutes les régions du monde, à des degrés plus ou moins préoccupants, mais «la situation épidémiologique est très préoccupante en Afrique australe», a expliqué Mario Raviglione, directeur du département tuberculose de l’OMS.

«Son ampleur exacte nous échappe d’ailleurs puisque l’Afrique du Sud est le seul pays de la SADC [Communauté des Etats d’Afrique australe] à avoir les moyens techniques permettant de diagnostiquer la tuberculose ultra-résistante», a-t-il précisé. Mais «nous avons la conviction que la maladie se propage très vite, notamment à cause des déplacements des travailleurs des mines.»

Entre janvier et mars 2006, dans la province sud-africaine du KwaZulu-Natal, la mort de 52 patients, dont 44 séropositifs, a révélé l’aspect foudroyant de la maladie chez les porteurs du VIH et mis en exergue les dangers de la promiscuité.

«La forte concentration des malades séropositifs dans un même milieu hospitalier a favorisé la transmission de la forme ultra-résistante de la tuberculose», a expliqué Kevin de Cock, directeur du département VIH à l’OMS, cité par l’agence de presse Pana. «Il nous faut donc renforcer l’association de la lutte contre la tuberculose à la lutte contre le VIH/sida tout en améliorant l’organisation des systèmes de santé en Afrique.»

Aucun nouveau médicament attendu avant 2011

L’OMS souhaite notamment renforcer la lutte, améliorer la prise en charge et favoriser la recherche de nouveaux médicaments et de tests plus efficaces et abordables pour ces pays.

D’après Mario Raviglione, il faudrait 95 millions de dollars, sur la seule année 2007, pour faire face à l’ampleur de la tâche: le test standard, conçu il y a plus d’un siècle, ne livre son résultat qu’au bout de trois mois et ne détecterait la maladie que chez la moitié des malades.

Un rapport de l’organisation médicale internationale Médecins sans frontières (MSF), rédigé par la biologiste Martina Casenghi, a précisé que «seulement six médicaments sont en essais cliniques pour la tuberculose, contre 400 dans le domaine du cancer. Et avec les procédures actuelles, aucun n’est attendu avant 2011-2012.»

Dans un communiqué publié la semaine dernière, MSF a appelé l’OMS à «revoir ses priorités en matière de tuberculose et [à] engager des actions concrètes pour accroître les fonds dédiés à la recherche et au développement» de nouveaux outils de diagnostic et de traitement, les médicaments les plus récents datant des années 50 et 60.

Craignant un «très grand nombre de décès», MSF a estimé que l’organe onusien devait «négocier avec les autorités réglementaires et les compagnies pharmaceutiques… pour en permettre l’utilisation la plus rapide possible aux malades qui en ont besoin».

Certaines initiatives sont déjà en cours. L’OMS a obtenu de l’Afrique du Sud «qu’elle prenne en charge les examens de laboratoires de cas de tuberculose ultra-résistante détectés au Lesotho», a expliqué Mario Raviglione, précisant que la recherche de «solutions pour les autres pays de la région» se poursuivait.

Jérome Pasquier, directeur de la coopération internationale et du développement au ministère français des Affaires étrangères, a annoncé mercredi que la deuxième réunion du conseil d’administration de la Facilité internationale pour l’achat des médicaments (Unitaid), qui se tiendra en novembre, pourrait «débloquer près de 40 millions pour la lutte contre la forme ultra-résistante» de tuberculose.

Unitaid a été créé à l’initiative de la France pour financer, via un prélèvement «de solidarité» sur les billets d’avion effectif depuis juillet, la lutte contre les épidémies de sida, tuberculose et paludisme dans les pays en développement.

Jérôme Pasquier a ajouté qu’Unitaid financerait la vaccination de 150 000 enfants en 2007 par le BCG (Bacille de Calmette et Guérin), mis au point en 1921 par l’Institut français Pasteur, et qui reste en effet le seul moyen préventif.

Les espoirs se fondent aujourd’hui sur le développement de nouveaux outils de diagnostic et de traitement. Les résultats de certains travaux, portant entre autres sur les principes actifs de plantes qui auraient démontré une certaine efficacité contre des souches de tuberculose multi-résistante, ont été présentés à Paris.

«La mise au point des médicaments sera, sans doute, un élément décisif», a conclu Nils Billo, de l’Union. «Mais ce combat ne pourra être gagné que si les pays du Sud disposent de ressources humaines conséquentes en matière de lutte contre la tuberculose ».