Afrique c’est ton tour !

Dimanche 10 janvier s’ouvre à Luanda en Angola la vingt-septième édition de la Coupe d’Afrique des Nations de football. Pendant trois semaines, les meilleures équipes du Continent s’affronteront pour déterminer la plus forte de toutes. Sera-ce la Côte d’Ivoire, à qui tous les bookmakers promettent le trophée ? Le Cameroun, qui a toujours fait sien l’adage populaire « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué  » ? Ou alors l’Egypte, tenante du titre et revancharde après son élimination in extremis de la prochaine coupe du monde par l’Algérie ? Voire le Ghana ou le Nigeria à l’affût en cas de faux-pas des favoris ?

Sans vouloir offenser joueurs, entraîneurs et autres préparateurs physiques, ce n’est pas l’identité du vainqueur qui suscite l’intérêt. La planète sport et au-delà sortira son thermomètre pour prendre la température du Continent noir dans l’ensemble, alors que se profile l’un des événements les plus médiatisés dans le monde – la coupe du monde de football.

L’Afrique est-elle capable d’organiser un événement planétaire avec succès ? La Can fournira des premiers éléments de réponse à cette interrogation qui taraude l’opinion internationale et en appelle d’autres: l’Afrique peut-elle être l’architecte de son propre destin socio-économique ? Les investisseurs peuvent-ils parier sur le Continent noir ? L’Afrique se relèvera-t-elle par elle-même ? L’Afrique sera-t-elle le continent de la seconde moitié du vingt-et-unième siècle ? Peut-on tout simplement croire en l’Afrique ? A-t-elle assez de ressources humaines et de volontés qui initieraient et accompliraient les travaux d’Hercule nécessaires ?

A Luanda, on ne s’attend pas à des prouesses techniques ou technologiques. On n’y verra pas des merveilles architecturales comme en Europe. On sera loin de la démesure américaine ou encore du gigantisme asiatique. Mais on veut entrevoir des signes que Demain appartient à l’Afrique comme l’Asie s’est approprié Aujourd’hui (Chine et Inde, notamment), alors que Hier était aux Américains et aux Européens.

Les grands rendez-vous sportifs ont souvent servi de passage de témoin ou de moments de prise de pouvoir. En regardant la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, rares sont ceux qui ont encore émis des doutes sur la puissance chinoise. L’Afrique à son tour dispose de la chance cette année de ne pas faire mentir les coutumes. Elle accueille les deux points forts de l’agenda mondial.

L’Angola doit dessiner la lueur d’espoir et l’Afrique du sud la consolider en juin. Luanda et Prétoria ont ceci en commun qu’ils disposent de matières premières très prisées. Ces deux pays ont connu une histoire difficile (guerre civile pour Lunda et l’Apartheid pour Prétoria) et sont dorénavant tournés vers l’avenir.

A travers l’Angola et l’Afrique du sud, l’Afrique possède une occasion unique d’envoyer un message au monde: le Continent noir n’est pas seulement celui des candidats à l’exode, des génocides, des guerres civiles, des dictateurs et des épidémies etc. L’Afrique n’est pas uniquement un continent assisté.

Il y a cinq ans en vacances au Rajasthan en Inde, je suis tombé sur un enfant de 8-9 ans, qui était en train manipuler un ordinateur, dont l’écran paraissait plus vieux que lui, dans une arrière-boutique à Jaisalmer, la ville dorée, poste avancé vers le désert. Je m’attendais à ce qu’il sollicite mon porte-monnaie . Au lieu de quoi, il m’interrogea sur des astuces informatiques qu’il comptait mettre en oeuvre pour épater ses amis. Il m’expliqua que le jeu favori entre lui et ses amis était à-qui-connaîtrait-un-truc-nouveau.

Ces gamins avaient instauré entre eux une émulation positive et ô combien productive. Quelques jours plus tard je compris que c’est de là que tenait quelque peu le « miracle économique indien ».

Aujourd’hui la balle est à l’Afrique, celle-ci saura-t-elle saisir l’opportunité que lui offre l’avenir pour s’inviter enfin à la table d’une mondialisation profitable ?