Affiches à l’affiche

L’exposition From Accra to Sète exhume, jusqu’au 1er décembre en France, les trésors africains d’un genre artistique révolu : des affiches de cinéma peintes à la main par manque de moyen pour les imprimer. Né au Ghana, le mouvement avait fleuri dans toute l’Afrique de l’Ouest puis sombré dans un oubli complet.

Des affiches de cinéma artisanales peintes à la main dans des ateliers d’artistes locaux. Un art au service du septième art, né au Ghana et aujourd’hui disparu en Afrique. L’exposition From Accra to Sète au Musée international des Arts modestes (Miam) exhume de l’oubli une centaine de ces oeuvres uniques jusqu’au 1er décembre 2002 à Sète (France). Entre art naïf et clichés sur la culture occidentale, les peintures révèlent toute leur africanité dans un surprenant mélange des genres.

C’est au Ghana que le courant artistique voit le jour. Après l’indépendance, concurrencés par l’arrivée de la vidéo cassette, les cinémas de la capitale, handicapés par leur coût d’entretien, ferment les uns après les autres. Les projections sont dès lors assurées par les vidéo-clubs. Elles regroupent les cinéphiles autour d’une simple télé et d’un magnétoscope. Mais que faire pour annoncer les productions, nationales ou étrangères, quand on n’a pas les moyens d’imprimer des affiches grand format ? Le système D africain commande de les peindre. Avec de la peinture pour bâtiment, sur du bois, du contreplaqué ou sur la toile des sacs de farine, tout est bon pour que les artistes puissent s’exprimer.

Fouille archéologique

Que ce soit pour les coiffeurs ou n’importe quel commerce en Afrique, le principe de l’enseigne peinte à la main est d’usage courant. Un art publicitaire, initialement de fortune, qui fait désormais parti intégrante de l’identité culturelle de l’Afrique sub-saharienne. Les premiers ateliers du genre voient le jour à Accra et donnent lieu à un savoir-faire qui s’exportera dans toute la sous-région.

Si le principe reste, son application pour le cinéma a disparu. Pascal Saumade et Hervé Di Rosa, les deux commissaires de l’exposition, sont allés sur place au Ghana pour retrouver la trace des anciennes affiches dont la valeur patrimoniale échappait à beaucoup. Un travail laborieux qui consistait à retrouver la trace d’anciens tenanciers de vidéo-clubs afin de récupérer des affiches qu’ils auraient éventuellement conservées.

Une centaine d’affiches exposées

Les affiches, hautes en couleurs, ne sont pas toujours des représentations fidèles du thème des films dont elles étaient censées faire la promotion. Elles s’inspirent de l’univers des films d’actions américains, des films de karaté asiatiques ou encore du mysticisme africain. Un homme, dans une scène spectaculaire, qui ne ressemble ni de près ni de loin à John Travolta et on obtient malgré tout une affiche pour la superproduction hollywoodienne Broken Arrow. Les artistes travaillent à partir des seuls documents d’archives qu’ils peuvent trouver. Et s’il faut signifier l’action, ils en peignent leur propre perception. Des armes, du muscle, des explosions : le cocktail est simple. Il s’agit juste de le décliner savamment en peinture.

Les affiches sont, en revanche, relativement différentes lorsqu’il s’agit de productions ghanéennes. Les représentations sont volontiers empreintes d’occultisme, comme pour Child of Destiny, Cover Pot ou Blood of Jesus. Dans la reproduction de chaque personnage, l’ensemble de la centaine d’oeuvres exposées reste éminemment africain. Un style marqué pour un art oublié qui rend l’exposition From Accra to Sète singulière et remarquable.

Pour voir une sélection d’oeuvres, cliquer ici.

From Accra to Sète

du 15 au 1er septembre 2002 au Musée international des Arts Modestes (Miam), où est parallèlement présentée une exposition des oeuvres du peintres français d’affiches de cinéma Guy Brunet, De Brodway à Hollywood.

Musée international des Arts Modestes (Miam)

23, quai du Maréchal-de-la Lattre-de-Tassigny

34200 Sète (France)

Tél. : 00 33 4 67 18 64 00

Fax : 00 33 4 67 18 64 01