Affaire Serge Maheshe : les deux assassins se rétractent

Rebondissement dans l’affaire de l’assassinat de Serge Maheshe, journaliste et rédacteur en chef de la radio Okapi, la radio de la mission de l’Onu en Républqie Démocratique du Congo, à Bukavu. Les deux assassins condamnés à mort viennent de se rétracter. Ils innocentent les deux amis du journaliste qu’ils avaient accusés d’être les commanditaires de l’assassinat et qui ont été, eux aussi, condamnés à la peine capitale.

Notre correspondant à Kinshasa

Dans une lettre datée du 8 septembre 2007, les assassins de Serge Maheshe affirment que Serge Muhima et Alain Shamuvu, tous deux amis de la victime, ne sont pas les commanditaires de ce meurtre. Mastakila Mugisho et Bisimwa Matabaro Frédéric, les deux meurtriers du confrère, accusent par contre deux magistrats de l’auditorat militaire de Bukavu, de les avoir incités au mensonge, en échange de leur liberté. Leur lettre écrite en swahili, la langue locale, porte en bas à gauche la signature de Bisimwa Matabaro ainsi que son empreinte digitale et celles de son compère du côté droit. Ils affirment que, contrairement à ce qu’ils avaient déclaré à la cour, les amis de Serge Maheshe ne sont pas commanditaires de son meurtre. Pire encore, selon eux, même l’arme du crime leur avait été remise par ces magistrats. En outre, « ils affirment que ceux-ci leur ont fourni des éléments matériels compromettants, de manière à étayer leur scénario », en leur remettant notamment « la carte SIM du téléphone de la victime ainsi que l’arme du crime ». Mastakilia Mugisho et Bisimwa Matabaro terminent leur lettre en souhaitant que les amis de Serge Maheshe soient relâchés.

Des voix s’élèvent

L’attitude de ces justiciables met à mal la magistrature militaire. Tout serait à recommencer dans cette affaire dont on attend la vérité. Ce qui suscite de nombreuses réactions de l’opinion. Selon Me Wilson Lutwamuzire, coordonnateur de l’ONG Restauration de la justice à l’Est de la République démocratique du Congo, si la lettre des présumés assassins est authentifiée, il faut chercher les vrais commanditaires du meurtre et savoir pourquoi les magistrats cités ont influencé les assassins à mentir. « S’il était dit déjà, en cours du procès, que les nommés Serge Muhima et Alain Shamavu étaient les commanditaires de ce crime et que ceux qui les ont dénoncés, et qui sont ici des auteurs jusqu’à preuve du contraire, cela va s’en dire simplement qu’il faut chercher les véritables commanditaires de ce crime », affirme-t-il. Avant de conclure, « Puisqu’il y a appel, il faut faire en sorte qu’au niveau de l’appel, les choses soient clarifiées et qu’une décision définitive soit prononcée avec toute la lumière qu’il faut porter sur ce crime.»

Par ailleurs, deux organisations de défense de la presse ont fustigé mardi dans un communiqué commun « l’inanité accablante » de la justice militaire de Bukavu, après des « révélations » des deux meurtriers du journaliste Serge Maheshe. L’organisation internationale Reporters sans frontières (RSF) et son organisation partenaire en RDC, Journaliste en danger (JED), « sont scandalisées par les révélations faites par les deux présumés assassins de Serge Maheshe, journaliste de la station privée Radio Okapi, affirmant que des magistrats militaires les ont soudoyés pour accuser des innocents », ont-elles écrit dans un communiqué. Ces organisations terminent leur communiqué en demandant qu’ « aujourd’hui, cette comédie sordide doit prendre fin. La famille et les amis de Serge Maheshe ont le droit de connaître la vérité. Les vrais assassins et leurs vrais commanditaires doivent être arrêtés et punis ».

Un texte authentifié par la Monuc

Le texte a été authentifié par la Monuc, (Mission des Nations unis en RDC), qui demande aux plus hautes autorités de la justice militaire congolaise que la lumière soit faite sur ces nouveaux éléments. Interrogé par l’AFP, l’auditeur militaire supérieur (procureur) du Sud-Kivu a qualifié la lettre des assassins condamnés de « comédie de très bas étage » et « d’aventure suicidaire visant à discréditer la justice ». « Après dix-sept audiences et plusieurs auditions au niveau du parquet en présence des avocats de toutes les parties, nous ne pouvons pas comprendre qu’on puisse prétendre que des aveux ont été extorqués », a déclaré le lieutenant-colonel Laurent Mutata Luaba.

Journaliste à la radio Okapi, Serge Maheshe (31 ans), a été abattu le 13 juin dans la soirée par deux inconnus à Bukavu, alors qu’il s’apprêtait à monter dans sa voiture de service, marquée du sigle des Nations unies. Le 28 août, le tribunal militaire de Bukavu a condamné à mort pour assassinat Freddy Bisimwa et Masasile Rwezangabo, deux civils qui avaient reconnu le crime, et à la même peine pour « association de malfaiteurs » les deux amis de la victimes, qui n’ont cessé de clamer leur innocence. Le verdict du tribunal militaire de Bukavu avait suscité l’indignation d’ONG, qui avaient dénoncé la précipitation de la justice militaire, les déclarations contradictoires des assassins présumés, l’absence de preuve matérielle et de mobile. Les deux témoins ont fait appel du premier jugement.

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