Affaire Semenya : mensonge au sommet de la fédération sud-africaine d’athlétisme

Le gouvernement sud-africain a demandé à l’Onu de mener une enquête pour rétablir l’honneur de Caster Semenya, après la diffusion, par un quotidien australien, d’informations selon lesquelles la jeune athlète serait hermaphrodite. Par ailleurs, une nouvelle polémique a éclaté en Afrique du Sud suite aux affirmations du quotidien local The Mail & Guardian selon lesquelles le président de la fédération sud-africaine d’athlétisme savait, sur la foi des tests pratiqués début août, que le sexe de Caster Semenya pourrait poser problème lors des mondiaux d’athlétisme à Berlin. Acculé à la démission, Leonard Chuene, le président de l’ASA, se défend en arguant qu’en mentant, il a seulement voulu protéger l’athlète. Les résultats des tests de féminité ordonnés par la fédération internationale d’athlétisme restent attendus.

La fédération sud-africaine d’athlétisme avait des doutes au sujet de l’identité sexuelle de Caster Semenya avant le championnat mondial d’août dernier à Berlin. Révélation en a été faite ce week-end à Prétoria, la capitale sud-africaine. Leonard Chuene, le président de la fédération sud-africaine d’athlétisme (ASA), a reconnu avoir menti, lorsqu’il avait soutenu que l’identité sexuelle de Caster Semenya n’avait jamais été remise en cause avant Berlin. A l’en croire, des tests de féminité ont été effectués sur la jeune femme dès le 7 août sur recommandation du médecin de l’ASA. C’est-à-dire douze jours avant qu’elle ne décroche la médaille d’or en Allemagne.

Pour Leonard Chuene, les résultats de ces examens n’étaient pas connus au moment du départ pour Berlin. Mais le quotidien sud-africain The Mail & Guardian ne partage pas cette version. Selon le journal qui a publié vendredi dernier un échange de courriels entre Leonard Chuene et Harold Adams le médecin de l’ASA, les conclusions du test étaient bien connues. Mais elles n’étaient pas «bonnes» pour Caster Semenya. Traduction : elles ne levaient pas le doute sur la féminité de l’athlète. Harold Adams avait même recommandé que Caster Semenya ne soit pas autorisée à faire le déplacement de Berlin. Mais le président de l’ASA, misant sur une probable médaille avait ignoré ce conseil avisé.

Indignation de la classe politique

Informée de cette manœuvre, la classe politique sud-africaine a vivement critiqué Leonard Chuene. Pour le ministre sud-africain des sports, le président de l’ASA est responsable de l’humiliation subie par Caster Semenya après sa victoire. «Monsieur Chuene n’a pas seulement menti à sa tutelle. Il a menti à toute la nation, et ceci n’est pas acceptable. Nous sommes convaincus que les mensonges répétés au sujet de ces tests ont servi de combustible à la violation des droits et de la dignité de Mme Semenya à l’étranger et dans quelques médias locaux », a réagi Gert Oosthuizen, le ministre sud-africain des sports et des loisirs. Donald Lee le porte-parole de l’Alliance démocratique, un parti d’opposition a, de son côté, demandé à Leonard Chuene de démissionner.

Mais le président de l’ASA n’entend pas quitter son poste. « Je voudrais m’excuser pour la façon dont j’ai procédé dans cette affaire, mais je l’ai fait afin de la protéger. J’aurais agi de même s’il s’agissait de mon propre enfant. Démissionner reviendrait à prendre la fuite. Je me battrai, je ne quitterai pas le navire », a-t-il déclaré.

Plainte à L’ONU

Cette nouvelle polémique survient, alors que l’Afrique du Sud a décidé de porter l’affaire Semenya devant l’Onu. Vendredi 11 septembre dernier, le Morning Herald, un quotidien australien a affirmé avoir eu connaissance des résultats de test de féminité diligenté par la fédération internationale d’athlétisme (IAAF). Un test qui serait arrivé à la conclusion, selon le journal, que Caster Semenya est hermaphrodite. « Elle n’a pas d’ovaires, mais des testicules internes produisant de la testostérone », a écrit le Morning Herald.

Fortement irrité par ces indiscrétions du reste non confirmées par l’IAAF, la ministre sud-africaine de la Femme et des enfants, Noluthando Mayende-Sibiya, a décidé de déposer plainte auprès de l’Onu. Lundi dernier, elle a saisi les Nations Unies d’une demande d’enquête. «Il y a eu un flagrant mépris pour la dignité de mademoiselle Semenya, la remise en cause de son identité sexuelle est basée sur des stéréotypes physiques attribués aux femmes», a-t-elle écrit.

Les tests de féminité ne seraient pas fiables

Les résultats de l’enquête diligentée par I’AAF pour déterminer la véritable identité sexuelle de l’athlète ne devraient toutefois pas être connus avant la fin de son conseil exécutif qui s’achève ce lundi.

Les tests de féminité ont été adoptés en 1966 au championnat d’Europe d’athlétisme, pour cause de suspicion que des athlètes féminines originaires d’Union soviétique et d’Europe de l’Est ne soient en réalité des hommes. Les premières applications datent des jeux de Mexico en 1968. En pratique, il existe plusieurs protocoles pour déterminer la féminité d’une athlète. Il y a ainsi le test du corpuscule de Barr. Celui-ci consiste à effectuer un prélèvement buccal pour rechercher les deux chromosomes XX caractéristiques des filles. Mais les médecins ont constaté des cas d’intersexuées, des femmes pouvant être XXX, X0, XXY, etc. Ce qui leur confère ou pas une apparence masculine. Il y a aussi des tests basés sur l’analyse de l’ADN, dans lesquels on recherche au contraire le chromosome Y. Mais beaucoup de généticiens affirment qu’aucun de ces tests n’est absolument fiable. Actuellement, la détermination du sexe implique des gynécologues, endocrinologues, psychologiques et internistes (médecins des organes internes).

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