Affaire Kieffer : Osange Silou reste convaincue du soutien de Sarkozy

Le juge français Patrick Ramaël a dû dessaisir la brigade criminelle qui travaillait avec lui sur la disparition de Guy-André Kieffer, en 2004, en Côte d’Ivoire. Si Bernard Kieffer, frère du journaliste franco-canadien disparu, craint un désengagement de la France dans le dossier, la femme de « GAK » nourrit un avis contraire. Osange Silou explique à Afrik pourquoi.

Le dessaisissement de la brigade criminelle dans l’affaire Guy-André Kieffer aura-t-elle une influence sur l’enquête ? Chez les proches du journaliste franco-canadien disparu en 2004 en Côte d’Ivoire, les avis sont partagés. Le juge Patrick Ramaël a dessaisi cette brigade, qui travaillait depuis trois ans sur le dossier, juste avant qu’il ne parte enquêter en Côte d’Ivoire du 2 au 12 décembre. Motif : il ne pouvait être accompagné durant son séjour par des policiers de cette section. Dans une interview au quotidien français Libération, Bernard Kieffer, frère de Guy-André, a qualifié de « contre-signal très fort » ce nouveau développement. « On retire au juge son bras opérationnel, on ne comprend pas du tout le sens de cette décision. (…) C’est incompréhensible, sauf à dire que la France favorise le processus de normalisation » avec la Côte d’Ivoire, a-t-il ajouté, rappelant que Paris avait promis de ne pas sacrifier l’affaire Kieffer pour se rapprocher d’Abidjan. La femme du journaliste disparu ne voit pas du tout les choses sous cet angle. Osange Silou en veut notamment pour preuve le soutien constant des autorités.

Afrik.com : Comment interprétez-vous le dessaisissement de la brigade criminelle ?

Osange Silou :
J’ai parlé une demi-heure hier (mardi, ndlr) avec le directeur de la police judiciaire. Il m’a donné sa version et, aux vues de ce qu’il m’a dit, cela a confirmé mon impression, à savoir que cette histoire est centrée sur un différend entre le juge et la direction de la police. Le juge a des méthodes qui ne plaisent pas forcément à tous, mais c’est son problème. Pour moi, ces difficultés personnelles ne remettent pas en cause son travail, qui me satisfait.

Afrik.com : Pensez-vous que le dessaisissement aura des répercussions sur l’enquête ?

Osange Silou :
Je ne pense pas puisque le juge maîtrise bien ce dossier. Les policiers qui l’accompagnaient en Côte d’Ivoire lui apportaient un soutien et une aide logistique quand il en avait besoin. Mais ce dossier est géré par deux juges (le juge Ramaël travaille avec sa consœur Emmanuelle Ducos, ndlr) et le fait qu’ils soient accompagnés par des policiers ou des gendarmes ne change en rien leur travail. La seule chose que je ne souhaite pas est le dessaisissement du juge. Je l’ai déjà dit à l’Elysée : ce serait catastrophique.

Afrik.com : Pour Bernard Kieffer, le dessaisissement de la brigade criminelle témoigne du fait que « la France favorise le processus de normalisation » avec la Côte d’Ivoire. Qu’en pensez-vous ?

Osange Silou :
L’enquête suit son cours, il n’y a pas de nouvelles difficultés et le soutien de l’Elysée n’a pas faibli. Je ne suis pas d’accord avec l’argument de mon beau-frère. Je le lui ai déjà dit. S’il y a un rapprochement avec la Côte d’Ivoire, comme ce dossier se règlera seulement par la voie diplomatique, peut-être que cela donnera un argument de poids à la France pour nous aider dans l’enquête. La normalisation n’est pas un frein.

Afrik.com : Vous êtes donc toujours convaincue que la France est décidée à régler le dossier Kieffer ?

Osange Silou :
L’Elysée nous a dit son soutien et le président m’a confirmé en août, et à plusieurs autres reprises, qu’aucun ordre n’avait été donné à l’Elysée, au ministère des Affaires Etrangères ou au ministère de la Justice pour ajouter des problèmes à ce dossier. Je n’ai pas de raison de mettre en doute la mobilisation du gouvernement. J’ai des contacts suivis avec l’Elysée et toutes les personnes à qui je voulais parler ont toujours répondu à mes questions. Entre avant-hier et aujourd’hui, un conseiller de l’Elysée, le directeur de la police et l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire m’ont donné des assurances qu’aucun frein ne sera mis à l’enquête et qu’il n’y aura pas de blocages sur le plan diplomatique.

Afrik.com : Pensez-vous que ceux qui craignent un désengagement de la France dans le dossier Kieffer exagèrent ?

Osange Silou :
C’est aller trop loin. C’est un dossier politique qui gêne les relations de la France et de la Côte d’Ivoire. J’ai conscience qu’il y a énormément de Français en Côte d’Ivoire, y compris peut-être mon époux, dont on ne sait pas ce qu’il est advenu. Dès le départ, j’ai dit que je n’étais pas pour que la France rompe ses relations avec la Côte d’Ivoire ou qu’il y ait une guerre. Tout ce que je veux, c’est que les personnes citées s’expliquent. Si la France et la Côte d’Ivoire se rapprochent, c’est dans l’ordre des choses. Je ne considère pas cela comme une preuve de non-intérêt. Sinon, il n’y aurait pas eu tous ces efforts au niveau du gouvernement. Il faut se rappeler que le président Chirac ne nous a jamais reçus, alors que [l’actuel chef de l’Etat] Nicolas Sarkozy l’a fait.

Afrik.com : Lors de sa visite en Côte d’Ivoire, le juge Ramaël a dû une nouvelle fois faire face aux blocages des autorités ivoiriennes …

Osange Silou :
C’est la neuvième commission rogatoire du juge et il n’a jamais eu de soutien des autorités ivoiriennes. Non seulement elles ne l’aident pas, mais elles le gênent. Quand des journalistes me disent qu’ils ont pu rencontrer Michel Legré (le beau-frère de la première dame ivoirienne Simone Gbagbo avec qui Guy-André Kieffer avait rendez-vous au moment de sa disparition, ndlr) et qu’il leur a dit que mon époux était un flambeur, qu’il jouait dans les tripots libanais et qu’il faut chercher du côté de la piste libanaise, c’est une preuve qu’au niveau de la Côte d’Ivoire on essaye de nous balader. Je connais bien mon époux et je sais qu’il ne joue pas. Depuis le début, on nous lance sur des pistes et, quand on creuse, on s’aperçoit qu’elles sont fausses.