Affaire Hammouchi : le Maroc dépose plainte et fustige la justice française

Ce sera finalement un tribunal marocain qui traitera la plainte pour diffamation déposée par le ministère marocain de l’Intérieur contre ceux qui accusent le patron du contre-espionnage de « torture ». Ces plaintes avaient déclenché une crise diplomatique entre Rabat et Paris.

L’affaire Hammouchi n’est pas prête d’être enterrée. Bien au contraire, lundi 9 juin, le ministère marocain a déposé plainte contre trois personnes et une association française pour « dénonciation calomnieuse, outrage aux autorités, dol et diffamation publique ». La première audience s’est déroulée en l’absence des mis en cause et de leurs défenses.

Cette plainte intervient après celles déposées par une ONG française et trois personnes contre le patron de la DGST, Abdellatif Hammouchi, pour « torture ». La convocation d’Hammouchi devant un juge français lors d’un déplacement à Paris avait provoqué une crise diplomatique entre la France et le Maroc. La principale conséquence de cette brouille diplomatique est le gel de la coopération judiciaire entre les deux pays, à l’initiative du Maroc. Ce qui rend par exemple impossible la reconnaissance des mariages mixtes, les demandes de regroupement familial ou encore les extraditions.

Le Maroc change son fusil d’épaule

Il paraît tout de même étrange que le ministère de l’Intérieur ait finalement déposé plainte au Maroc. Car le 25 mars dernier, celui-ci avait chargé quatre avocats, Me Ralph Boussier, Me Yves Repiquet, Me Abdelkebir Tabih et Me Omar Taieb, de porter plainte à Paris « au nom de l’Etat marocain », contre Zakaria Moumni, Adil Mtalsi, Naâma Asfari et l’ONG Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). Et ce, pour les mêmes motifs évoqués lundi devant un juge marocain.

Mais alors pourquoi les autorités marocaines ont-elles finalement déposé plainte au Maroc ? L’un des avocats du ministère, Abdelkebir Tabih, a justifié lundi, à la sortie de l’audience, à Rabat, ce changement de programme : « les conventions internationales de lutte contre la torture, ratifiées par le Maroc, stipulent qu’en cas d’allégation de torture dans un pays déterminé, la procédure de poursuite doit être déclenchée dans le pays en question ».

« Le temps du protectorat est révolu »

Me Tabih a par ailleurs critiqué la justice française qui aurait dû, selon lui, « prendre en compte le fait que ces individus sont Marocains et que par conséquent, elle n’avait nullement le droit d’exercer un contrôle sur la justice marocaine en acceptant leur plainte en France ». Et d’ajouter : « le temps du protectorat est révolu ».

Toutefois, outre leur nationalité marocaine, il apparaît qu’au moins deux des trois mis en causes bénéficient également de la nationalité française…