Affaire Free Gaza : Israël dit non à l’ONU

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’est fermement opposé dimanche à une proposition de l’Organisation des Nations unies (ONU) visant à créer une commission d’enquête internationale sur l’assaut de la flottille de Gaza qui a provoqué la mort de neuf civils turcs. Israël se dit en mesure de mener de manière impartiale et objective sa propre investigation sur cette affaire qui suscite l’indignation de la communauté internationale.

Israël est au cœur de la tourmente depuis l’arraisonnement de la flottille de Gaza, lundi dernier. Contre toute attente, la main-tendue de l’ONU pour stopper ce déferlement médiatique a essuyé un refus. L’idée d’une commission d’enquête internationale pour dénouer cette affaire n’a pas séduit le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Davantage perçue comme une ingérence dans les affaires internes israéliennes, cette proposition issue de Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, devrait rester lettre morte. Israël s’oppose car il se considère comme un État démocratique capable d’enquêter par lui-même sans dépendre d’une quelconque commission internationale. Or, l’abordage meurtrier s’est déroulé dans les eaux internationales où les forces armées israéliennes n’avaient pas à intervenir. L’argument d’Israël est simple : une partie des passagers de cette flottille seraient des partisans du Hamas.

Avant même que le chef d’État israélien ne statue avec son équipe gouvernementale sur une possible enquête internationale, l’ambassadeur israélien aux États-Unis, Michael Oren qualifiait déjà sur Fox News cette hypothèse comme peu probable. « Nous rejetons une commission internationale. Nous sommes en discussion avec l’administration Obama pour faire en sorte que notre enquête ait lieu. » Pourtant, l’ONU avait pensé à l’argument américain, seul gage d’impartialité pour les Israéliens, en plaçant à la tête de cette commission l’ex-Premier ministre néo-zélandais Geoffrey Palmer entouré de représentants d’Israël, des États-Unis et de la Turquie. Cette même crainte de partialité avait provoqué l’an dernier le boycott d’Israël d’une commission d’enquête de l’ONU sur l’offensive de Tsahal à Gaza.

Depuis ce récent refus, les esprits s’échauffent. Aux quatre coins du globe, des manifestants pro-palestiniens se mobilisent pour exprimer leur mécontentement. À Dakar, on réclame dans les rues des sanctions sévères contre Israël ainsi que la levée du blocus. L’ambassade d’Israël est même menacée de fermeture sur le sol sénégalais. À Rabat, ce ne sont pas moins de 50 000 personnes qui ont arpenté les boulevards dimanche pour témoigner de leur solidarité au peuple palestinien.

Pas de mea culpa

Les États-Unis, suivis par la France et la Grande Bretagne incitent quant à eux Israël à la plus grande transparence en acceptant la tenue de cette enquête internationale. Rien n’y fait. Le ministre français des Affaires Étrangères, Bernard Kouchner, a même proposé que l’ONU se charge du contrôle des navires à destination de Gaza. Toujours hors de question pour Israël de laisser intervenir l’ONU dans une affaire où la sécurité de l’État, selon lui, est en jeu.

Dans ce contexte, l’abordage, samedi, du cargo Rachel Corie, du nom d’une militante américaine écrasée par un bulldozer israélien en 2003, devient un instrument de communication inespéré pour l’État israélien. Benjamin Netanyahu s’est d’ailleurs félicité de l’arraisonnement, toujours dans les eaux internationales, sans victime et sans violence : «Nous avons vu aujourd’hui la différence entre un bateau de pacifistes, avec lesquels nous sommes en désaccord mais dont nous respectons le droit à une opinion différente de la nôtre, et un navire de haine organisé par des extrémistes turcs adeptes du terrorisme, avait-il affirmé. Dans les deux cas, l’État d’Israël a agi de la même manière afin de faire respecter le blocus maritime pour empêcher la contrebande d’armes pour le Hamas et permettre l’entrée de marchandises civiles à Gaza après inspection.» Reste que les humanitaires tels que l’Irlandaise Mairead Maguire, ancienne prix Nobel de la Paix ou Denis Halliday, ancien haut responsable de l’ONU ne partagent pas cet avis. En effet, la cargaison avait déjà été inspectée par des responsables du gouvernement irlandais et de leur point de vue, le contrôle israélien ne s’imposait donc pas.