Affaire des tableaux : Claude Guéant s’enfonce dans ses « mensonges »

L’ex-ministre de l’Intérieur français, Claude Guéant, est à nouveau épinglé dans le cadre de l’affaire des tableaux. La somme de 500 000 euros retrouvée sur son compte par les enquêteurs proviendrait d’un avocat djiboutien.

Claude Guéant, dit le « Monsieur Afrique » de Nicolas Sarkozy, baignerait aujourd’hui encore dans le « mensonge » selon des révélations faites mercredi 25 septembre par Le Point.fr. Ils concernent la provenance réelle de la somme de 500 000 euros retrouvée sur son compte par des enquêteurs suite à une perquisition menée le 27 février. En avril dernier, Le Canard enchaîné révélait le montant de cette somme. Pour se justifier, Claude Guéant a affirmé avoir gagné cet argent en 2008 après la revente de deux tableaux d’un peintre hollandais (Andries Van Ertvelt) en sa possession.

La presse locale et africaine remettait alors sérieusement en doute ces explications farfelues, le soupçonnant d’avoir eu sa part dans l’éventuel financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007, par l’ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi. Cette somme lui aurait permis d’acheter comptant, en 2008, un appartement de 90 mètres carrés, dans le 16e arrondissement de Paris.

Un nouvel intermédiaire ?

Malgré toutes les accusations, Claude Guéant ne démord pas et maintient sa version des faits selon laquelle un avocat malaisien aurait eu le coup de foudre pour ses deux tableaux. Le Point.fr affirme être en mesure de révéler que « l’ex-bras droit de Sarkozy a menti et que les 500 000 euros ont en réalité été payés par un avocat de Djibouti, dont le nom n’est pas inconnu dans le petit monde des grands contrats… ».

Cet avocat, dont le nom n’a pas été dévoilé, serait un personnage discret qui néanmoins s’active dans le monde des affaires, notamment dans certaines opérations aux côtés de l’homme d’affaires Alexandre Djouhri, un ami de Claude Guéant, très actif en Libye, notamment lors de l’ancien quinquennat… L’image de jeune Algérien parti de Sarcelles pour conquérir le monde colle aujourd’hui encore à la peau de Djouhri. Il est décrit comme « un petit caïd algérien de banlieue devenu l’un des intermédiaires occultes les plus influents de la sphère politique et économique française ».

Revenons à cet avocat djiboutien. Faisait-il parti des intermédiaires entre le clan Sarkozy et la Libye dans le cadre de l’affaire du financement de la campagne de 2007 comme l’affirme Mediapart ?

Emplâtré dans une nouvelle affaire de tableaux

Guéant et la peinture, une longue histoire loin d’être terminée. A peine quinze jours après les révélations du Canard Enchaîné sur le versement de 500 000 euros, l’ancien ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy est de nouveau pris par la patrouille en flagrant délit. C’est en effet parce qu’il recevait les caméras des journalistes français dans son bureau pour leur servir ses explications sur cette histoire de 500 000 euros qu’une nouvelle affaire le touche aujourd’hui. Sur sa commode, bien visible, se trouve un beau tableau de l’artiste ivoirien James Kadjo Houra !

Selon le site d’informations Koaci.com, ce tableau lui aurait été offert par le Président ivoirien, Alassane Ouattara, lors d’une visite en Côte d’Ivoire. La loi française est pourtant claire. Comme dans la majorité des pays, en France, depuis 2007, une circulaire signée François Fillon, alors Premier ministre, stipule : « Les cadeaux offerts aux membres du Gouvernement ou à leur conjoint, dans le cadre de l’exercice des fonctions gouvernementales, notamment à l’occasion des visites effectuées à l’étranger ou de réception en France sont, pour leurs auteurs, la manifestation de la volonté d’honorer la France. C’est donc à l’Etat qu’ils s’adressent au-delà de personne du récipiendaire (…) Il est en conséquence normal qu’ils n’entrent pas dans le patrimoine personnel du ministre ou de sa famille. » A la fin de son mandat ministériel, Claude Guéant aurait donc « dérobé » cette toile au lieu de la remettre au mobilier national.

Affaires douteuses en Côte d’Ivoire

Par ailleurs, la justice française s’intéresserait de près aux va-et-vient de Claude Guéant en Côte d’Ivoire, pendant le quinquennat de Sarkozy, notamment aux marchés de rééquipement de la police ivoirienne – un dossier d’un milliard FCFA qui a déjà fait couler beaucoup d’encre en Côte d’Ivoire, ces deux dernières années -.

L’ancien « Monsieur Afrique » est au cœur de plusieurs autres affaires sensibles, dont celle des primes en liquide qu’il aurait, selon lui, perçues entre 2002 et 2004, lorsqu’il était directeur de Cabinet du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. Au cours de leurs mandats, les politiques sont susceptibles de recevoir des primes non déclarées, bien que cette pratique ait été supprimée en 2002 par le gouvernement Jospin ! Elles ont depuis été remplacées par des virements bancaires, en théorie…