
À la veille du verdict final en appel, l’affaire de l’assassinat des experts de l’ONU continue de hanter la justice congolaise. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH-RDC) appelle la Haute Cour militaire à rendre une décision « juste et crédible », capable d’établir toute la vérité. Neuf ans après les faits, de nombreuses zones d’ombre persistent, notamment sur les responsabilités des commanditaires. Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse le cadre judiciaire et engage la crédibilité internationale de l’État congolais.
Près de neuf ans après l’assassinat barbare de Zaida Catalán et Michael Sharp, l’attente d’un dénouement judiciaire atteint son paroxysme en République démocratique du Congo (RDC). Alors que la Haute Cour militaire s’apprête à rendre son verdict final en appel, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH-RDC) est sortie du silence ce lundi 6 janvier 2026. L’organisation exige un arrêt qui soit non seulement conforme au droit international, mais surtout capable de lever le voile sur les zones d’ombre qui entourent encore ce double meurtre.
Une exigence de justice au-delà des exécutants
Le message de la CNDH est sans équivoque : la justice congolaise doit éviter l’écueil d’un procès qui ne condamnerait que les petites mains. Si la première instance en 2022 s’était soldée par cinquante et une condamnations à mort, le président de la CNDH, Paul Nsapu, estime que le compte n’y est pas.
L’organisation appelle à une analyse minutieuse des responsabilités des commanditaires et des auteurs intellectuels. Pour la CNDH, il existe des indices sérieux permettant de remonter jusqu’à ceux qui ont ordonné l’exécution des deux experts onusiens alors qu’ils enquêtaient sur les fosses communes du conflit Kamuina Nsapu.
Le mystère persistant des quatre disparus congolais
Au-delà du sort de la Suédoise et de l’Américain, une plaie reste ouverte pour les familles locales : la disparition des quatre accompagnateurs congolais qui se trouvaient avec les experts au moment du drame. La CNDH exhorte la justice militaire à ne pas oublier ces citoyens dont on est sans nouvelles depuis mars 2017.
Retrouver ces personnes, ou du moins établir ce qui leur est arrivé, est présenté comme une condition sine qua non pour un verdict véritablement « juste et crédible ». L’organisation demande au gouvernement de mettre tout en œuvre pour localiser ces ressortissants dont le sort est intimement lié à cette tragédie.
La restauration de l’image internationale de la RDC
L’enjeu de ce procès dépasse les frontières du Kasaï-Central. Pour la CNDH, la crédibilité du système judiciaire congolais est en jeu sur la scène mondiale. Un jugement partiel ou bâclé risquerait de ternir durablement la réputation du pays.
C’est pourquoi l’institution recommande une collaboration étroite entre Kinshasa et le mécanisme de surveillance mandaté par l’ONU. Faire éclater la vérité sur ce dossier est perçu comme un signal fort de la volonté du pays de rompre avec l’impunité, notamment en ce qui concerne les crimes commis contre des agents internationaux.
Réparations et devoir de mémoire pour le Kasaï
Le communiqué de la CNDH rappelle enfin que la mort des experts s’inscrit dans le cadre plus large des atrocités liées à la rébellion Kamuina Nsapu. L’organisation insiste sur la nécessité d’indemniser les victimes civiles de cette tragédie et de procéder à la réidentification des corps enterrés dans les 80 fosses communes répertoriées dans la province.
Pour la Commission, le verdict attendu doit être le point de départ d’un processus de réparation global, incluant la poursuite de tous les commanditaires cités dans les enquêtes officielles, afin de clore définitivement ce chapitre sanglant de l’histoire du Kasaï.




