Affaire Abdul Mutallab : le Nigeria et les Etats-Unis taclent leurs services secrets

Le drame a été évité mais les Nigérians et les Américains cherchent à établir les responsabilités. Dans leur ligne de mire, les services secrets qui avaient été prévenus par son père du comportement suspect d’Umar Farouk Abdul Mutallab. Le jeune Nigérian, qui avait coupé les ponts avec sa famille après un séjour au Yémen, avait décidé de faire exploser un avion de ligne américain à destination de Detroit.

Les autorités nigérianes sont aussi en colère contre leurs services de renseignements que Barack Obama l’est contre les siens. La radicalisation d’Umar Farouk Abdul Mutallab, qui a tenté de faire exploser vendredi le vol 253 de la Northwest Airlines, avait été signalée par son père, Alhaji Umaru Mutallab, aux services secrets américains et nigérians. « Nous avons obtenu des informations sur Umar Farouk Abdul Mutallab en novembre, quand son père s’est rendu à l’ambassade des Etats-Unis au Nigeria », a confirmé mardi soir Paul Gimigliano, le porte-parole de la CIA, les services de renseignements américains. Le président américain dénonçait plus tôt. « Un ensemble d’échecs d’origine humaine et dus au système ont contribué à cette faille dans le système de sécurité, qui aurait pu être catastrophique», a-t-il affirmé.

Pour se défendre, la CIA a indiqué qu’elle a fait ajouté le nom d’Abdul Mutallab, qu’elle aurait surnommé « Le Nigérian », sur la liste des suspects de terrorisme et transmis l’information au Centre national de contre-terrorisme. Elle n’a cependant pas jugé utile de le faire figurer sur une liste d’interdiction de vol (« no-fly list »). Selon Le Figaro, un responsable du renseignement américain a affirmé qu’il n’y avait pas d’ « élément-clé » qui aurait justifié la mention de son nom sur le document. Un avis que ne partage pas le président Obama. « Il apparaît à présent qu’il y a plusieurs semaines, cette information a été transmise à une composante de nos services de renseignement, mais qu’elle n’a pas été distribuée d’une façon qui aurait permis de faire inscrire le suspect sur la liste d’interdiction de vol ».

Des services secrets négligents ?

Les mots de Barack Obama, à quelques nuances et jours près, sont ceux adressés le 28 novembre dernier par le responsable de la Sécurité nationale nigériane, Abdul Sarki Mukhtar, au directeur de l’équivalent nigérian de la CIA, la NIA. Pour Abdul Sarki Mukhtar, ce qui s’apparente à une négligence est un coup porté à la réputation du Nigeria. La corruption dans ce pays est déjà considérée par certains observateurs comme l’une des raisons qui ont rendu possible cette tentative d’attentat. « Ce manquement a non seulement mené à cet embarras international, plutôt malheureux pour la nation nigériane, note le responsable de la Sécurité nationale, mais a aussi conduit à dépeindre notre pays comme un refuge pour des terroristes », rapporte Le quotidien nigérian The Guardian.

Les erreurs humaines épinglées tantôt par Barack Obama semblent également expliquer les défaillances de la chaîne de renseignements nigériane, d’après les explications fournies à la présidence et rapportés par le journal nigérian. « Le père l’a seulement annoncé à un ancien fonctionnaire de la Sécurité nationale qui a servi sous le Président Obasanjo (ancien chef de l’Etat nigérian, ndlr), qui a à son tour informé un des directeurs au Service de renseignements national (NIA). Le directeur n’en pas fait état jusqu’à la survenue de l’incident actuel. »

Les soupçons justifiés d’une famille

L’acte d’Umar Farouk Abdul Mutallab a surpris sa famille en dépit des soupçons nourris par ses proches, notamment son père, banquier et ancien ministre sous Obasanjo. Ce dernier ne comprend d’ailleurs pas pourquoi son fils ne figurait pas sur la fameuse « no-fly list ». Décrit comme « très religieux, poli et studieux », le jeune homme de 23 ans avait coupé les ponts avec sa famille en août dernier, après un séjour au Yémen où il s’est procuré la poudre explosive censée faire exploser le vol 253 de la Northwest Airlines. « Nous avons commencé à nous inquiéter quand Farouk a téléphoné en août pour dire qu’il ne souhaitait plus poursuivre ses études (à Dubaï) et qu’il resterait au Yémen pour recevoir une autre formation qu’il n’a pas révélée », rapporte l’AFP qui cite son cousin Sani.

Le jeune Nigérian s’était rendu pour la première au Yémen afin, selon lui, de se perfectionner en arabe. Il poursuivait jusqu’en juillet dernier des études de gestion dans une université de Dubaï, après avoir obtenu en 2008 son diplôme en ingénierie mécanique à l’University College de Londres. C’est semble-t-il, dans la capitale britannique, qu’il se serait fait enrôler par Al-Qaïda. Il fréquentait une mosquée où a prêché l’ iman américano-yéménite Anwar al-Aulaqi. Le prédicateur serait également lié au psychiatre militaire Nidal Hasan, auteur de la fusillade du 5 novembre dernier qui a fait 13 morts et 42 blessés sur la base militaire de Fort Hood, dans le Texas. D’après Libération, l’attentat manqué revendiqué par Al-Qaïda est la 13 tentative de ce type répertorié en 2009 sur le territoire américain. Et ce mercredi, huit soldats américains ont péri en Afghanistan dans un attentat-suicide.