Adrienne Ntankeu: «J’ai été frappée par les conditions de vie des albinos au Cameroun»

Adrienne Ntankeu souhaite sensibiliser la population africaine, mais aussi la population internationale sur l’albinisme. C’est pour cela qu’elle a créé l’association Anida en février 2011. Entretien

Adrienne Ntankeu est une femme déterminée. D’origine camerounaise, elle a été contrainte à l’âge de 5 ans de quitter son pays, à cause de son albinisme, pour la France où elle y subit humiliation et maltraitance. En séjour au Cameroun, elle prend conscience de la vie des albinos et décide, de retour en France, de créer son association Anida.

Afrik.com : Pour quelles raisons avez-vous créé l’association Anida ?

Adrienne Ntankeu : Je suis moi-même une albinos, originaire du Cameroun. En me rendant là-bas en 1999, j’ai été frappée par leur condition notamment par le sort d’une albinos de 23 ans, morte car il lui manquait 80 euros pour l’opérer d’une oreille. J’ai alors pris conscience de la réalité sur le terrain, de la difficulté des albinos à vivre au Cameroun, surtout pour ceux issus des milieux défavorisés. Les associations au Cameroun sont comme des entreprises, l’aspect financier est placé avant l’humain. J’ai donc, après avoir vu les conditions de vie des albinos dans le pays, pris la décision de créer l’association Anida, en février 2011.

Afrik.com : Quel en est l’objectif ?

Adrienne Ntankeu : L’objectif principal est d’informer les populations sur ce qu’est l’albinisme avec des campagnes de sensibilisation. Au delà de ça, l’association collecte du matériel essentiellement des crèmes solaires, des casquettes, des chapeaux, des produits d’hygiènes afin d’en faire don aux populations albinos en Afrique. De plus, l’association organise des événements en vue de valoriser les albinos comme des défilés.

Afrik.com : Quels sont les différentes activités de cette association ?

Adrienne N’tankeu : L’association Anida présente de multiples activités telles que les conférences où l’on sensibilise la population de par des flyers et des panneaux, mais aussi avec des projections de films sur ce qu’est l’albinisme. L’association organise aussi des défilés de mode au cours desquels des albinos et non albinos défilent comme ce fut le cas le 3 août à Paris.

Afrik.com : Faites-vous de cette association un combat personnel ?

Adrienne Ntankeu :Même si j’ai été victime d’humiliation durant mon enfance, je ne fais pas de cette association un combat personnel. Je ne vais pas traîner cela toute ma vie. Je veux avant toute chose, avec cette association, faire comprendre aux parents d’enfants albinos ou pas, que se séparer de son enfant durant son enfance ne lui rend pas forcément la vie plus facile. Les humiliations et les maltraitances que j’ai subies durant mon enfance laissent des séquelles. Néanmoins, c’est un mal pour un bien car, cette souffrance, je l’ai transformée.

Afrik.com : Quel regard portez-vous sur la vie des albinos en Afrique ?

Adrienne Ntankeu :J’ai de la peine pour eux. Cependant, je garde espoir qu’un jour ça va changer. Peut-être que mon action représente une petite goutte, mais je continuerai quoiqu’il arrive.

Afrik.com : Pensez-vous que le regard sur les albinos a évolué ?

Adrienne Ntankeu :Malheureusement, le regard sur les albinos est toujours le même, il n’a pas changé. Mais les médias en parlent plus. J’observe un grand soutien de leur part ainsi que des Nations qui ont fait un geste au mois de mars, en parlant des massacres des albinos en Afrique. Les choses bougent doucement.

Afrik.com : quels sont les projets à venir pour votre association ?

Adrienne Ntankeu :Le 24 août, une manifestation au Trocadéro aura lieu afin de dire stop aux sacrifices humains, à la vente d’organes dans les pays africains à des fin de sorcellerie. En septembre, un projet de dons de matériels est prévu en destination du Congo.