Abdoulaye Wade prédit le « chaos » sans lui

Le président sénégalais Abdoulaye Wade a déclaré jeudi au quotidien La Croix que son départ provoquerait « un chaos pire qu’en Côte d’Ivoire ». Une manifestation est programmée ce samedi par l’opposition.

A deux jours d’une grande manifestation anti-gouvernementale organisée par l’opposition, le président sénégalais Abdoulaye Wade a accordé jeudi une interview au journal La Croix où il affirme que son départ créerait « un chaos pire qu’en Côte d’Ivoire » et qu’il n’aurait pas à ce jour de successeur « crédible » . Le chef d’ État est revenu sur les violentes manifestations du 23 au 27 juin à Dakar. Il estime que l’opposition, qu’il qualifie de « marxistes ou socialistes » a profité des « coupures d’électricité… pour (le) « déstabiliser ».

Abdoulaye Wade a réaffirmé que sa proposition « de ticket gagnant président – vice-président » constituait « une double erreur de (sa) part » dans laquelle l’opposition s’est engouffrée, et qu’elle avait été mal comprise des Sénégalais. Le chef d’ État avait fini, au terme des violentes émeutes en fin-juin, par retirer son projet de réforme constitutionnelle visant à élire simultanément le président et le vice-président avec 25% des voix dès le premier tour contre 50% d’après la loi.

« La perspective que (Karim Wade) devienne un jour président du Sénégal ne me déplaît pas »

Pour l’opposition et les Sénégalais, les soupçons de « succession dynastique » qui pesaient sur le président sénégalais, accusé de préparer son fils Karim Wade au pouvoir, se voyaient confirmer. « C’était stupide et insultant de penser que je voulais le proposer comme candidat à la vice-présidence », s’est défendu le chef d’ État dans le quotidien français. « Mais personne ne peut l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle après ma mort. La perspective qu’il devienne un jour président du Sénégal ne me déplaît pas. Mon fils a de grandes capacités. Personne dans l’opposition n’a la compétence économique et financière de Karim», a-t-il ajouté.

Selon Abdoulaye Wade, c’est « l’excès de liberté » qui est à l’origine des manifestations au Sénégal. « Dans les pays arabes, les gens se sont mobilisés contre des dictatures. Leurs pays étaient caractérisés par l’absence de liberté. Ici, c’est l’excès de liberté qui est à l’origine de ces troubles. Cet excès permet à certains de dire et de faire n’importe quoi contre le régime », déclare-t-il lors de l’interview.

Opposition et partisans de Wade manifesteront ce samedi

Le chef d’État sénégalais s’est aussi expliqué sur la proposition d’avancer la date de l’élection présidentielle. « C’est parce que l’opposition me demande de partir « maintenant » que je lui ai proposé une élection anticipée», indique le chef d’ État. Abdoulaye Wade a prononcé le 14 juillet un discours dans lequel il proposait la tenue d’une élection présidentielle anticipée et annonçait qu’il briguerait un troisième mandat. La constitution sénégalaise n’autorise que deux mandats présidentiels consécutifs. Quant à l’idée de quitter le pouvoir, il répond au quotidien La Croix: « Non, car mon départ créerait au Sénégal un chaos pire qu’en Côte d’Ivoire. Qui pourrait me remplacer « maintenant » ? Personne de crédible. »

L’opposition organise samedi un grand rassemblement pour réclamer le départ d’Abdoulaye Wade. La manifestation a été programmée pour coïncider avec l’anniversaire de celle du 23 juin qui avait abouti à l’abandon des réformes constitutionnelles prévues par le pouvoir sénégalais qui a interdit ce jeudi les manifestations politiques devant les lieux stratégiques de la capitale Dakar. « Cette décision est illégale parce que notre Constitution donne aux citoyens le droit de manifester », a déclaré à l’AFP Seydou Gueye, le porte-parole du chef de l’opposition et futur candidat à l’élection présidentielle Macky Sall. D’après l’agence de presse sénégalaise (APS), les partisans d’Abdoulaye Wade ont également prévu ce samedi d’organiser un meeting pour soutenir sa candidature.