Abdoulaye Wade contre-attaque

Abdoulaye Wade, 86 ans, s’est montré toujours aussi combatif lors d’une conférence de presse organisée deux mois après son éviction de la Présidence de la République du Sénégal.

(De notre correspondant)

« J’ai été traité de tous les noms quand je suis sorti du palais… Trop, c’est trop. Je ne peux pas tolérer qu’on porte atteinte à mon honneur. » Depuis sa cinglante défaite au deuxième tour de l’élection présidentielle du 25 mars dernier, Abdoulaye Wade se fait rare. Ce vendredi, l’ancien président du Sénégal est sorti de son silence pour répondre aux accusations de détournement et de pillage des ressources publiques portées contre lui et ses proches.

Sur un ton résolument offensif, Abdoulaye Wade demande l’arrêt des accusations contre son régime et le lancement d’audits qu’il se dit prêt à affronter. « Je suis d’accord pour les audits. Demain, qu’ils viennent m’auditer », attaque le président déchu, prévenant qu’aucune faute de gestion ne pourra lui être amputée. Puis, il rejette les accusations du Forum Civil, la section sénégalaise de Transparency International, l’ONG à l’origine de l’affaire des biens mal acquis, qui affirme qu’il aurait détourné 400 milliards de francs Cfa (plus de 600 millions d’euros) vers des banques du Golfe. « 400 milliards, ce n’est pas une petite valise qu’on peut transporter », lâche-t-il, arguant qu’un tel transfert d’argent ne peut se faire sans l’aval de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). « Je me suis donné la peine de consulter les documents de la Banque centrale pour vérifier, indique-t-il. Je n’ai vu nullement un tel transfert. »

L’ancien avocat passe ensuite à la défense de ses proches à commencer par son épouse, Viviane Wade, récemment éclaboussée par un scandale financier. Une association suisse réclame en effet 835 millions (1,275 million d’euros) à l’ancienne Première dame. L’association aurait accordé un prêt sans intérêt en 2010 à Madame Wade, présidente de la fondation agir pour l’éducation et la santé, pour financer un projet de microcrédit destiné au monde rural. Sauf que le projet n’a jamais vu le jour et que l’épouse d’Abdoulaye Wade a suspendu les activités de sa fondation au lendemain de la débâcle électorale de ce dernier… Son mari évoque une « manipulation machiavélique montée de façon très astucieuse » avant de reprocher au ministre de la Justice, Aminata Touré, de s’être empressé de récupérer l’affaire. « Alors que les avocats sont en train de discuter de ça, on apprend que le ministre de la Justice a saisi le procureur de la République », regrette Wade.

Tonton flingueur

L’ancien chef de l’Etat invite le nouveau locataire du Palais de la République, Macky Sall, à faire preuve de prudence par rapport aux allégations portées contre lui et ses proches. « Pendant toute la campagne, vous avez surveillé votre langage. Je souhaite avoir avec vous des relations normales », lui adresse-t-il, un brin menaçant. « Homme de bonne volonté », il propose l’instauration d’un jury d’honneur, composé d’anciens présidents et de personnalités, pour faire définitivement la lumière sur les accusations de mauvaise gestion.

Lors de cette sortie médiatique, Abdoulaye Wade ne se prive pas et flingue tous azimuts ses adversaires politiques. Les « historiques » d’abord : le socialiste Ousmane Tanor Dieng et Moustapha Niasse, troisième homme de la dernière élection et pressenti pour présider l’Assemblée nationale en cas de victoire de la majorité présidentielle aux prochaines législatives. Puis, le secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS) ne manque pas ses anciens amis : Pape Diop, président du Sénat, et Abdoulaye Baldé, les frondeurs (lien vers papier sur les frondeurs). S’exprimant sur les prochaines joutes électorales, Wade, 86 ans, affirme qu’il compte « convoquer un congrès pour passer le bâton de commandement » après les législatives, mais qu’il ne quittera la vie politique qu’en 2017. Quelques heures plus tard, Seydou Gueye, porte-parole de l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall, sonne déjà la riposte lors d’une conférence de presse organisée en urgence. « Faire la lumière sur les affaires, sur tous les scandales, est aujourd’hui une vraie demande sociale, note ce proche de Macky Sall. Avant de poursuivre : « Ce qu’on attend de Wade, c’est qu’il prenne de la hauteur et non qu’il cherche à jouer les perturbateurs ».