A qui profite la chute du Rand ?

Après avoir perdu 40% de sa valeur en 2000, la monnaie sud-africaine perd à nouveau 37% en quatre mois fin 2001 par rapport au Dollar US. Les explications conjoncturelles ne suffisent plus, les financiers veulent des coupables.

On attendait sans doute une analyse plus poussée de la part de Thabo Mbeki. A l’occasion, lundi, du 90ème anniversaire de l’African National Congress (ANC), le président sud-africain s’est exprimé sur la chute brutale du Rand : selon lui, elle demeure  » difficile à expliquer  » et  » n’a rien à voir avec notre économie nationale « .

Si laconique soit-il, Mbeki n’a pas tort. Avec une croissance de 3,2%, l’économie sud-africaine n’est pas en cause. A elle seule, elle représente 40% du PIB de l’Afrique subsaharienne. Pourtant, depuis la brutale inflation de l’an dernier, le Rand, à 11,81 pour un dollar, ne remonte pas la pente. Les acteurs économiques exigent une enquête.

Suspicions financières

La violence, la corruption et la pénurie de main-d’oeuvre qui sévissent en Afrique du Sud n’expliquent pas tout. Même si le durcissement du régime zimbabwéen et les inquiétudes qui font suite aux élections zambiennes éclairent en partie les difficultés de la zone Rand, les analystes se tournent à présent vers des pistes financières pour élucider les causes profondes de la crise.

Le coup d’envoi a été donné par Kevin Wakeford, le directeur de la Chambre de commerce (Sacob). Avec plusieurs économistes de renom, tel Iraj Abedian, directeur de la Standart bank, il réclame une enquête sur ce qu’il appelle des  » pratiques malhonnêtes « , sans vouloir être plus explicite. Il soupçonne des acteurs individuels et institutionnels de jouer illégalement sur la monnaie. Les réactions sont mitigées, mais virulentes. Si les traders se prononcent effectivement pour plus de transparence, l’audit ne rassure personne. Le porte-parole du Trésor, Logan Wort, allègue que, s’il y est favorable dans l’esprit, cette enquête serait irréalisable pour des raisons juridiques.

Le secteur minier dans la ligne de mire

Plus discrètement, une étude de David Birt, du cabinet de recherche économique ABN Amro, commence à faire son chemin.  » Notre examen montre que la chute profite notamment aux grands groupes anglais du secteur minier. Le groupe Anglo American, qui mise sur la baisse, semble être le plus sensible aux variations de la monnaie « . Au passage, l’analyste relève les étonnants bénéfices que BHP Billiton et Lonmin réalisent dans ce secteur.