A qui profite l’arrestation d’IB ?

Les mercenaires, présumés complices d’Ibrahim Coulibaly, IB, en garde à vue avec lui depuis samedi dernier, ont avoué ce mercredi qu’ils se rendaient en Côte d’Ivoire pour attenter à la vie du Président ivoirien, Laurent Gbagbo. L’entourage d’IB parle de complot. Mais à qui pourrait profiter cette arrestation ?

Ils se rendaient en Côte d’Ivoire pour assassiner le Président ivoirien Laurent Gbagbo. C’est ce qu’ont avoué, selon l’AFP, certains des complices présumés (sept mercenaires) d’Ibrahim Coulibaly, dit IB, l’ancien putschiste arrêté samedi dernier. IB aurait quant à lui refusé de s’exprimer sur la question. Le Parquet de Paris a, depuis le 21 août dernier, ouvert une information judiciaire contre l’ancien sergent-chef, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et « recrutement spécial de mercenaires ». Si sa culpabilité est prouvée, IB est passible de 7 ans de prison et de 100 000 euros d’amende.

Il devait être présenté mercredi après-midi au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, avec ses co-interpellés, en vue d’une éventuelle mise en examen. Son avocat, Maître Fontana, a indiqué à l’AFP qu’une « éventuelle détention provisoire de M. Coulibaly pourrait grandement affecter l’équilibre des forces en Côte d’Ivoire ». Une évocation à peine déguisée du pouvoir de l’ex-sergent-chef qui pousse Guillaume Soro, ministre du gouvernement actuel issu des Forces Nouvelles – ex-MPCI[[<*>Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire]] à parler de « complot » dans le journal d’opposition Le Patriote. Car s’il utilise un langage diplomatique pour éluder la question, IB semblerait être le grand ordonnateur du MPCI – à l’origine du coup d’Etat de septembre 2002.

A qui profite le crime ?

Une éventualité tout à fait plausible si l’on considère que le Général Robert Gueï, responsable de l’exil forcé d’IB au Burkina Faso, a été l’une des premières victimes de ce coup de force. Le sergent-chef qui l’avait porté au pouvoir en 1999 était devenu gênant pour les ambitions présidentielles du général. Nombre de personnalités militaires, politiques et religieuses ivoiriennes en Côte d’Ivoire et à l’étranger lui ont d’ailleurs fait totalement allégeance, rapporte une source bien informée. Guillaume Soro, présenté jusqu’ici comme le patron du MPCI, s’avèrerait n’être, a priori, qu’un simple exécutant. Un exécutant grisé par le pouvoir et qui pourrait redouter le retour de son « chef ».

Empêcher IB de revenir aux affaires est un moyen infaillible de garder le pouvoir. Les intérêts de Guillaume Soro, ministre du gouvernement Gbagbo, et ceux du Front Populaire Ivoirien (FPI) viennent ici converger. Le retour d’IB impliquerait automatiquement une remise en question de la présidence de Laurent Gbagbo. Et la France dans tout ça ? Pour la France, l’application des Accords de Marcoussis est l’objectif ultime. IB, qui aurait été reçu par les autorités françaises, s’est prononcé pour le respect de ces dispositions. Mais son retour en terre ivoirienne laissait craindre des changements qui remettent en question le mandat de Seydou Diarra, Premier ministre actuel. Et Seydou Diarra incarne en partie Marcoussis. Dés lors, IB constitue la victime idéale : celle qui sera sacrifiée sur l’autel de Marcoussis et des relations franco-ivoiriennes. Dans tous les cas, le retour tant souhaité d’Ibrahim Coulibaly en Terre d’Eburnie semble fortement compromis pour l’instant.

H.B

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