À Ouagadougou, Assimi Goïta distingue les « partenariats de façade » des « partenaires sincères »


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Assimi Goïta et Ibrahim Traoré
Assimi Goïta et Ibrahim Traoré

L’actualité politique de ce mardi a été marquée au Burkina Faso par la visite du dirigeant malien, le colonel Assimi Goïta. Une première pour le dirigeant malien, qui a profité de cette visite pour vitupérer contre ce qu’il appelle les « partenariats de façade » dans la lutte contre le terrorisme.

C’est dans la matinée que l’avion présidentiel d’Assimi Goïta et sa délégation s’est posé sur le tarmac de l’aéroport de Ouagadougou. Le Président du Faso était sur place pour accueillir personnellement son hôte. Et ensemble, les deux dirigeants se sont rendus au palais présidentiel de Koulouba où ils ont tenu une séance de travail. Sur la route menant de l’aéroport au palais présidentiel, des foules se sont amassées pour saluer les deux chefs d’État, dans une grande ferveur.

Une visite placée sous le signe de l’amitié entre les deux pays

La visite du colonel Assimi Goïta, qui intervient dans un contexte particulier au Burkina Faso où les dernières semaines ont été lourdes de suspicions, est présentée comme une visite d’amitié et de travail. Mais, elle a une charge symbolique assez forte, puisque c’est la première fois depuis son accession au pouvoir en 2021 que le colonel malien visite le Burkina Faso. Un pays avec lequel le Mali partage beaucoup de similitudes et entretient depuis quelques mois des relations privilégiées : les deux pays sont dirigés par des militaires parvenus au pouvoir à la suite de coups d’État ; ils revendiquent tous un souverainisme qui se traduit par la remise en cause des relations traditionnelles avec la France et un rapprochement avec la Russie ; ils sont tous deux frappés par le terrorisme et sont depuis septembre 2023 membres avec le Niger de l’Alliance des États du Sahel.

Plusieurs sujets ont été abordés au cours de cette visite. Assimi Goïta résume en quelques mots les points-clés de l’échange avec son homologue burkinabè : « Nous avons fait le point de notre coopération sur le plan bilatéral, abordé les questions sécuritaires et les questions sur le plan du développement économique. Nous avons parlé surtout de défis auxquels nous sommes confrontés et comment élaborer des projets afin de pouvoir gérer ces défis ».

Une coopération sécuritaire renforcée

Selon le colonel Assimi Goïta, la coopération sécuritaire entre les deux pays s’est davantage renforcée depuis que le capitaine Ibrahim Traoré a pris les rênes du pays des hommes intègres. « Aujourd’hui, cette coopération se situe à trois niveaux. Il s’agit des formations conjointes que nous menons entre les deux États en vue de renforcer nos capacités opérationnelles terrestres et aériennes, le partage de renseignements entre nos services de renseignements et la mutualisation de nos moyens », a expliqué le dirigeant malien.

Assimi Goïta a saisi l’occasion de son point de presse pour se prononcer sur la question du terrorisme non seulement dans son pays, mais également dans la sous-région. Parlant de son pays, il a soutenu que la situation est sous contrôle. À l’en croire, « les FAMA gardent l’initiative sur le terrain (…) Elles sont déployées sur toute l’étendue du territoire national ». Le Président malien a rappelé avec fierté que de nombreuses bases terroristes ont été détruites, ce qui a permis le retour de l’administration et des services sociaux de base dans plusieurs localités autrefois sous le contrôle des djihadistes. Assimi Goïta a aussi donné des assurances sur la situation sécuritaire dans le Sahel qu’il dit être « sous contrôle également ».

« Sortir des partenariats de façade »

Sur l’hydre du terrorisme, la position du colonel Assimi Goïta ne souffre d’aucune ambiguïté. « Le terrorisme est devenu un enjeu géopolitique dans la main de certains partenaires stratégiques. Mais ce défi de la lutte contre le terrorisme, qui est manipulé et financé par certaines puissances étrangères, est loin de répondre aux aspirations de nos populations », martèle-t-il. Avant de justifier la raison d’être de l’AES : « Raison pour laquelle nous avons décidé de mutualiser nos moyens, de partager nos informations et de faire des opérations avec beaucoup de résultats. Nos destins sont liés, nous avons pris un chemin de non-retour. Que ce soit clair ! » Avec la création de l’AES, les dirigeants des trois États ont pris l’option « de sortir des partenariats de façade et non efficaces pour [s’] orienter vers des partenaires sincères tels que la Russie, la Chine, la Turquie ».

En début de soirée, le Président malien a repris son vol en direction de Bamako, mettant ainsi fin à une visite qui n’aura pas occulté les questions proprement économiques. Les échanges entre les deux dirigeants ont également porté sur le commerce, les infrastructures et l’industrie.

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Historien, Journaliste, spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne
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