A Fès, un festival de coexistence et de paix

Le festival de Fès des musiques sacrées du monde “représente le cœur spirituel de l’islam — épris de paix, pluraliste, généreux et joyeux. Rendant hommage à toutes les traditions spirituelles de la planète, il efface les frontières musicales”. Le festival offre un espace de rencontre et de discussion sur la musique, la poésie et le soufisme dans plusieurs sites historiques de la ville — avec, en prime, des concerts de rêve.

Les groupes de musique spirituelle et religieuse les plus prestigieux se sont retrouvés à Fès pour la 16e édition de cet événement annuel. Les prestations de musiciens de religions et nationalités différentes ont concouru à développer tout un potentiel d’ouverture et de dialogue entre les peuples.

Initié par l’anthropologue marocain Faouzi Skali dans le sillage de la première Guerre du golfe, le Festival de Fès entendait que des gens de différentes traditions spirituelles puissent, sans préjugé, apprendre les uns des autres. A en croire les Nations Unies, il serait aujourd’hui un des plus importants festivals qui s’attachent à inspirer la paix, la sécurité et le dialogue entre les civilisations. Son organisation est avant tout le fait du Message de Fès, qui lui assure soutien financier et matériel.

Le thème de l’année était “la perfection dans la purification de l’âme”, expression forgée, au 13e siècle, par le philosophe arabe Ibn Arabi. Selon les organisateurs, l’œuvre d’Ibn Arabi représente la volonté de se débarrasser de dogmes rigides et exclusifs, pour, au contraire, insuffler parmi les civilisations les principes de tolérance et de respect réciproque — ce que ce festival entend faire par la grâce de la musique.

Cet esprit de coexistence s’est manifesté, d’un bout à l’autre du festival, dans les traditions musicales des différentes communautés religieuses et nationalités. Cette année, le festival avait mis à l’honneur Jérusalem, la ville des trois confessions. Le public a pu entendre en direct “Jérusalem, la ville des deux paix : paix au ciel, paix sur la terre”, évoquant l’histoire de cette ville diverse par la musique d’interprètes espagnols, irakiens, arméniens, marocains et grecs. Cette performance a mis en valeur les genres musicaux différents, correspondant à des époques différentes de l’histoire de la ville.

Ce fut un mélange réjouissant de rythmes et de compositions inspirés par la religion et la poésie de la sagesse, avec des chants religieux africains et de la musique religieuse folklorique d’Anatolie, du Cambodge, d’Asie et d’Amérique, rehaussé par les prestations spirituelles de grands musiciens tels que le catalan Jordi Savall, interprète (viole de gambe), compositeur et chef, qui a présenté une composition issue de l’ancienne communauté juive de Bagdad.

Les festivaliers eurent aussi droit à de la musique classique persane, représentée par son icône le ténor kurde iranien Shahram Nazeri. En prime, le festival a présenté en vedette de la musique soufie de Zanzibar, du gospel interprété par des Afro-américains, ainsi qu’une troupe masculine d’acrobatie classique, les “Young Gotipuas Dancers”, des temples hindous d’Orissa, en Inde orientale.

Plusieurs groupes de musique soufie marocaine étaient également présents, dont Gnawa Click, un ensemble gnawa très populaire d’Essaouira, ville du sud du pays. Le gnawa, genre musical propre à l’Afrique du Nord, et qu’on retrouve surtout au Maroc, est un amalgame unique de chants et de rythmes religieux d’origine sub-saharienne, berbère et arabe, exécutés aux bois et aux percussions. On a également pu entendre d’autres ensembles soufis s’inspirant du cheikh Abdul Qadir Jilani, un imam soufi du 12e siècle de Bagdad, qui enseignait à ses fidèles à mener une vie spirituelle et à faire le bien dans leurs communautés.

Le Festival des musiques sacrées de Fès fait maintenant partie du paysage de la ville, considérée par les intellectuels, les poètes, les écrivains et les musiciens comme une des grandes capitales culturelles du monde. Le festival contribue à donner au Maroc l’image d’un pays qui, non seulement soutient l’amitié et la coexistence entre les peuples de toutes origines et de toutes convictions spirituelles, mais aussi qui travaille activement à ce rapprochement.

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* Hind Al-Subai Al-Idrisi, journaliste et blogueuse marocaine (hindapress.canalblog.com), a participé, à Rabat, à l’atelier du blog organisé par Search for Common Ground, organisation attachée à la transformation des conflits internationaux. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 29 juin 2010, www.commongroundnews.org
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