47% des Ghanéens diplômés vivent à l’étranger

La fuite des cerveaux du Ghana continue à s’aggraver et plusieurs secteurs de l’économie de ce pays sont mis à genoux par ce phénomène, selon le dernier rapport de la
Banque mondiale.

Ce rapport qui se base sur un recensement de la population et qui a été publié sous le titre « Migration internationale, versements de fonds et fuite des cerveaux », indique que 47% des Ghanéens ayant un diplôme universitaire vivent à l’étranger.

Le Ghana est ainsi le deuxième pays du monde après Haïti, en matière de fuite des cerveaux. Et le rapport cité par la presse à Accra estime qu' »il y a lieu de s’inquiéter, pour un pays dépouillé de près de la moitié de ses diplômés ».

« L’exode des travailleurs qualifiés est symptomatique de profonds problèmes économiques, sociaux et politiques dans leur pays et peut se révéler particulièrement paralysant dans le cadre de professions où l’on a le plus besoin de personnel notamment la Santé et l’Education », ajoute-t-il.

Exode massif

Selon le rapport qui fait l’historique de l’exode massif des professionnels de certains des pays du monde à faibles revenus, les plus vulnérables, les pays pauvres d’Afrique, d’Amérique Centrale et des Caraïbes, perdent parfois en nombres très importants, leurs professionnels qualifiés, au profit des riches démocraties.

« Cette situation suggère qu’une fuite à grande échelle de
personnes instruites porte préjudice à plusieurs petits et moyens pays » a déclaré Fréderic Docquier, un chercheur principal auprès de la Banque et professeur d’Economie de l’Université de Louvain, en Belgique.

Cette étude révèle que même si les envois de fonds et les
investissements dans le pays d’origine réduisent la pauvreté et sont une source importante de devises, les implications profondes de ce phénomène migratoire sont « complexes ».

Selon elle, il faut mettre en place des politiques pour augmenter les revenus des professionnels dans leurs pays.

Selon le rapport, la perte des professionnels susceptibles de renforcer les institutions, des gestionnaires d’hôpitaux, des chefs de départements universitaires et des réformateurs politiques peut enfoncer les pays dans la pauvreté.

Le professeur Agyeman Badu Akosa, le directeur général des
services sanitaires du Ghana, a déclaré que le système de santé publique de son pays s’effondrait, non seulement parce qu’il perdait plusieurs de ses médecins, mais également, les meilleurs d’entre eux.

« J’ai au moins neuf hôpitaux qui n’ont aucun médecin et 20
hôpitaux avec seulement un seul médecin qui prend en charge un seul district de 80.000 à 120.000 personnes », a révélé le professeur Akosa.

Les parturientes dont la progression du travail ne se déroule pas normalement souffrent trop souvent de complications terribles ou meurent, faute d’obstétriciens, a-t-il souligné.

Six médecins pour 100.000 habitants

Une étude sur la fuite des médecins a démontré que le Ghana, avec seulement six médecins pour 100.000 habitants, a perdu trois sur 10 des médecins qu’il a formé au profit des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, du Canada et de l’Australie, des pays qui comptent plus de 220 médecins pour 100.000 habitants.

Dans le cadre d’un autre cas de fuite des cerveaux qui paralyse des secteurs vitaux, 14 ingénieurs de haut niveau de l’unique raffinerie pétrolière du pays sont également partis pour le Proche-Orient où on leur proposait de meilleurs salaires.

Quand ils sont partis soudainement, ce qui a entraîné la
fermeture de l’unité de craquage résiduelle catalytique de la raffinerie, leurs salaires ont été augmenté de 40 pour cent. Avant cela, ils avaient demandé en vain des augmentations de salaires.

La raffinerie a dû réagir rapidement, parce que les ingénieurs étaient attirés par des raffineries dans des pays comme Oman et le Qatar, qui leur proposaient des salaires attrayants.

Cette fuite des cerveaux est, à ce jour, un vrai casse-tête pour les gouvernements successifs du Ghana.